Pour ce qui est de ses rapports avec les dignitaires religieux maures, il convient de souligner son attachement à eux, d’une part, du fait qu’ils fournissaient le meilleur exemple au bon croyant parce que tous ou la plupart d’entre eux alliaient la science à la stricte observance des obligations religieuses ; cet attachement était dû, d’autre part, à la faiblesse et à la pauvreté de la plupart d’entre eux. Cette pauvreté n’avait pas résulté d’une cause naturelle spécifique à leur race, mais à des incidents survenus à l’époque où notre Cheikh séjournait dans leur pays. Ces incidents consistaient dans les conflits qui opposaient les différentes familles qui gouvernaient le pays, les guerres tribales qui en résultaient et l’intervention des Européens pour occuper le pays. Ces derniers manœuvrèrent pour gagner la sympathie des vaincus en leur promettant protection et assistance contre les vainqueurs. Ces agitations profitèrent aux malfaiteurs qui, sous prétexte de lutter contre les envahisseurs européens, s’emparèrent des biens des habitants considérés comme les alliés des envahisseurs. Cette allégation est évidemment fausse, car les Musulmans n’avaient demandé aux Européens que de les protéger contre les malfaiteurs ; et les Européens ne leur avaient pas imposé, en échange de leur protection, des services incompatibles avec leurs croyances. En tout cas, les malfaiteurs dévastèrent le pays et ne laissèrent derrière eux ni bétail ni meuble transportable. De sorte que l’homme riche se retrouvait un matin pauvre, les malfaiteurs s’étant emparé de son bétail hérité de père en fils pendant des siècles. À ce bétail, les malfaiteurs ajoutaient tout ce qu’ils trouvaient en fait de meubles et d’ustensiles. Ce fut une catastrophe qui ne s’était jamais produite dans un pays musulman depuis l’invasion [du Moyen-Orient] par les Tartares. Mais elle fut moins déplorable que cette invasion, car, à la différence de celle-ci, elle se limita aux biens matériels. Mais s’y serait-elle limitée si les gens s’étaient défendus. Je ne le crois pas.
Par ailleurs, durant la même année où se produisit cette catastrophe, Dieu conduisit notre Cheikh au pays habité par la majorité des membres de la tribu Tashmush et d’autres tribus comme les Edwal, les Banu Hasan, les Awlad Eyber, etc. Toujours soucieux d’aider les Musulmans besogneux, notre Cheikh se mit à leur distribuer les biens abondants et divers qui lui étaient amenés par les Mourides sénégalais. Ces dons, prodigués avec bienveillance et abnégation, récompensèrent les pertes subies par ces Maures. Cette action menée en leur faveur constitue la plus grande preuve de son amour des croyants en Dieu, car, sans cet amour, il aurait investi ces biens dans des affaires beaucoup plus utiles aux yeux de celui qui ne les considérait que pareils à un cadavre pourri et ne considérait ceux qui s’y acharnaient que semblables à des vautours autour d’un cadavre ?
Extrait de Minanoul Bakhil Khadim de Serigne Bassirou Mbacké
Khadimrassoul.net
