Durant le mois béni de Ramadan 1447 H, Touba Bakhdad a offert le visage lumineux d’une cité entièrement tournée vers Dieu. Sous la direction de Serigne Khadim Gaydel Lô, et conformément au ndiguël du Khalife général des mourides, ce temps sacré a été vécu dans le respect des préceptes de l’islam, mais aussi dans la fidélité profonde aux enseignements et aux écrits de Cheikh Ahmadou Bamba.
Jour après jour, Bakhdad s’est transformé en un haut lieu de ferveur, de discipline spirituelle et de communion fraternelle. Entre la lecture du Saint Coran, le récital du prestigieux Foulkou Mashoune, les berndés, l’accueil des hôtes, les veillées de zikr et les visites pieuses auprès du guide, tout semblait concourir vers un même idéal : la quête de l’agrément divin par la dévotion, le sacrifice de soi et l’accomplissement de bonnes œuvres.
Le souffle quotidien du Coran
À Bakhdad, chaque journée de Ramadan s’ouvrait sur la lumière du Coran. Après la prière de l’Asr, avant même que ne commence le récital du Foulkou Mashoune, les voix s’élevaient pour faire résonner les versets du Livre saint. Cette lecture, accomplie trois fois par jour sous la conduite de l’imam Ablaye Thiam, réunissait les ndongos de Bakhdad ainsi que ceux des daaras environnants.
Ainsi, au fil du mois, le Coran fut récité à quatre-vingt-dix reprises pour accompagner le Foulk, inscrivant profondément la parole divine dans le rythme quotidien de cette retraite spirituelle. Après chaque séance, la prière de clôture (khatmou) était assurée avec constance par Serigne Cheikh Ahmed Tidjane Ndiéguène, descendant de l’illustre El Hadji Ahmadou Sahir Ndiéguène et proche de Serigne Khadim Lô.
Cette place accordée au Coran n’a rien d’anodin. Elle rappelle avec force l’attachement du fondateur du mouridisme au Livre sacré, lui qui, selon les sources, faisait lire le Coran quatre fois par jour devant la porte de sa maison. À Bakhdad, cette tradition semble avoir trouvé un écho vivant, fidèle et solennel.
Le Foulkou Mashoune, cœur battant du Ramadan
Puis venait l’instant tant attendu : le récital du Foulkou Mashoune. Cette œuvre majestueuse, comptée parmi les plus grandes productions littéraires du monde musulman, déploie une richesse poétique exceptionnelle au service de l’amour du Prophète (PSL). Ses panégyriques, porteurs d’une intensité spirituelle rare, sont pour les croyants comme une source inépuisable de bienfaits.
À Bakhdad, ce récital était assuré par un groupe de déclamateurs composé de Serigne Ndiouga Lô, Serigne Mame Mor Sougou, Serigne Mor Massamba Diop et de l’imam Ablaye Thiam. Mais au-delà de la beauté des voix, c’est tout un peuple de disciples et de sympathisants qui se rassemblait chaque jour sur l’esplanade de la mosquée pour écouter, dans un profond silence religieux, ces vers qui élèvent les cœurs et apaisent les âmes.
Dès après la prière de l’Asr, les lieux se remplissaient lentement. Des fidèles venaient de divers horizons pour se joindre à Serigne Khadim Gaydel Lô dans cet exercice spirituel quotidien. Ce rassemblement impressionnant trouvait sa raison première dans la force d’attraction du Foulk, dont le récital quotidien fut institué sous le ndiguël de Serigne Sidy Mokhtar Mbacké. Ainsi, chaque journée devenait une procession intérieure, un rendez-vous d’amour, de foi et de fidélité.
La ziyârah, un moment d’intimité spirituelle
Après la déclamation, un autre temps fort s’ouvrait : celui de la ziyârah auprès du guide. Dans la tradition musulmane, et plus encore dans la voie mouride, la visite pieuse occupe une place singulière parmi les actes de dévotion. Elle est à la fois une démarche de respect, de quête de bénédictions et de renouvellement du lien spirituel.
À Bakhdad, ce moment prenait une intensité particulière. Juste avant la rupture du jeûne, Serigne Khadim Gaydel Lô recevait les disciples et sympathisants venus se présenter à lui. Chacun pouvait alors s’approcher, saluer, solliciter ses prières et repartir le cœur réconforté. Il se dégageait de ces instants une profonde chaleur humaine, une communion simple et forte entre le guide et ceux qui cheminent sous son regard. Le temps semblait suspendu, comme si la fatigue du jeûne s’effaçait devant la douceur de la rencontre.
Les berndés, expression vivante de la solidarité
Le Ramadan est aussi le mois du partage. À Bakhdad, cette vérité a pris corps dans l’organisation des berndés, qui ont constitué l’un des plus beaux visages de la solidarité mouride durant tout le mois.
Sous le ndiguël de Serigne Khadim Gaydel Lô, les membres du Diwane Rahmatane Lil Halamine, à travers leurs sections et cellules, se sont mobilisés avec constance pour assurer des repas copieux aux fidèles qui avaient fait le déplacement. Cette organisation, maintenue tout au long du Ramadan, traduisait un investissement humain remarquable. Derrière chaque plat servi, il y avait l’esprit du service, la joie de donner, la volonté sincère d’assister les jeûneurs dans un moment aussi précieux que la rupture.
Dans cette générosité vécue avec ferveur, se lisait toute la noblesse de l’engagement mouride : servir Cheikhoul Khadim, sous la conduite du guide, en espérant uniquement la satisfaction du Seigneur.
L’honneur dû aux hôtes
À Touba Bakhdad, l’accueil des visiteurs n’était pas une simple formalité ; il relevait d’une véritable éthique spirituelle. Fidèle à l’enseignement prophétique selon lequel celui qui croit en Dieu et au Jour dernier doit honorer son hôte, Serigne Khadim Gaydel Lô a fait de la réception des invités un axe majeur de ce Ramadan.
Dès leur arrivée, les hôtes étaient accueillis avec chaleur, orientés et installés avec soin par un comité d’organisation attentif, appuyé par les membres de la Fédération des élèves et étudiants gaydélions. Tout était pensé pour que chacun puisse assister au récital du Foulkou Mashoune dans les meilleures conditions, puis accomplir sa ziyârah auprès du guide.
Mais Bakhdad ne recevait pas seulement les disciples ordinaires. Durant ce mois, de nombreuses personnalités issues d’illustres familles religieuses, des autorités étatiques, ainsi que des représentants d’associations et de familles liées de longue date au guide, furent également reçues. Serigne Khadim Lô leur réservait un accueil empreint de noblesse, ponctué de repas généreux et d’entretiens souvent riches d’enseignements, de souvenirs et de sagesse. Ces audiences, parfois publiques, parfois privées, se prolongeaient jusque tard dans la nuit, donnant à chaque rencontre une densité humaine et spirituelle exceptionnelle.
Le rôle précieux des élèves et étudiants
Parmi les artisans discrets mais essentiels de cette réussite collective, les élèves et étudiants disciples de Serigne Khadim Gaydel Lô ont occupé une place remarquable. Réunis au sein de leur fédération, ils ont joué un rôle déterminant dans l’accueil, l’orientation des invités et l’organisation du service des ndogous sur l’esplanade.
Leur présence traduisait à la fois le sens de la discipline, l’esprit de service et l’attachement au guide. Ils ont également eu l’honneur d’être reçus en audience par Serigne Khadim Lô, qui leur exprima sa satisfaction, leur adressa des recommandations pour l’avenir et formula à leur endroit des prières pleines d’espoir. Ce fut pour eux un moment de consécration morale et spirituelle, mais aussi un appel à persévérer sur la voie de l’engagement utile.
Les kourels, voix de la ferveur mouride
Aucun décor mouride ne serait complet sans les kourels, ces ensembles qui portent les Khassaïdes et le zikr dans une expression collective de foi et d’amour. À Bakhdad, leur présence a puissamment contribué à l’animation spirituelle du Ramadan.
Les kourels de l’Université des Khassaïdes de Bakhdad, ainsi que leurs invités, ont offert chaque jour des prestations de grande qualité, juste après la rupture du jeûne et la prière du crépuscule. Leur voix, leurs rythmes, leur dévotion nourrissaient l’atmosphère du lieu jusqu’à l’heure des nafilas. À cela s’ajoutaient les veillées semi-nocturnes de zikr organisées chaque jeudi par la commission Zikroulah sous la conduite de Baye Ass Ngom.
Ainsi, le Ramadan à Bakhdad ne se limitait pas à l’observance silencieuse des rites ; il était aussi un espace de célébration spirituelle, où la mémoire de Dieu se chantait, se proclamait et se partageait dans une intensité collective rare.
Les Bayfalls, gardiens du service
Les Bayfalls, dont la place dans le mouridisme est ancienne et profondément enracinée, ont une fois encore démontré l’ampleur de leur engagement. Depuis les débuts du mouridisme, ils se distinguent par leur capacité à servir, à se donner sans compter, notamment dans la préparation de repas à grande échelle au profit des fidèles.
À Bakhdad, les membres du kourel Ahlou Badr, représentant les Bayfalls, se sont illustrés par une présence continue et active durant tout le mois. Ils ont exécuté avec rigueur le ndiguël du guide concernant les berndés et les séances de zikr. Leur engagement, à la fois physique, matériel et spirituel, rappelait que le service désintéressé constitue l’une des expressions les plus élevées de la foi vécue.
Donner de soi pour Dieu, mettre ses biens, son temps et sa force au service des jeûneurs : voilà une œuvre éminente dont la portée dépasse le simple geste matériel. À travers leur constance, les Bayfalls ont rappelé que le Ramadan est aussi l’école de l’effacement de soi pour la face du Très-Haut.
La commémoration de Badr
Le 17e jour du Ramadan, la mémoire de la bataille de Badr fut également ravivée avec solennité. Comme le veut la tradition, le kourel Ahlou Badr des Bayfalls de Borom Ndame porta la responsabilité de cette commémoration, rendant hommage à cet épisode décisif de l’histoire de l’islam, où les croyants triomphèrent par la foi, la patience et le secours divin.
Cette année, l’événement fut marqué non seulement par les berndés et les animations assurées par les kourels de l’Université des Khassaïdes de Bakhdad et le Kourel Sokhna du Diwane, mais aussi par une séance de zikr nocturne dirigée par Serigne Dame Ndiaye Zikroulah et son kourel, en présence de Serigne Khadim Gaydel Lô. Le souvenir de Badr prenait alors des allures de méditation vivante sur la fidélité, le sacrifice et la victoire accordée à ceux qui s’en remettent sincèrement à Dieu.
Laylatoul Qadr, la nuit des cœurs embrasés
Lorsque vint Laylatoul Qadr, la ville de Thiès vibra d’une ferveur exceptionnelle. Dans le quartier Moussanté, au cœur de la commune, des centaines de disciples se retrouvèrent sous le ndiguël et en présence effective de Serigne Khadim Gaydel Lô Borom Ndame pour célébrer cette nuit incomparable.
Tout au long de la journée, l’ambiance fut marquée par une allégresse indescriptible. Puis la nuit s’ouvrit sur une succession de moments forts : la prestation de Sokhna Ndéye Fatou Niang, en compagnie du Kourel Sokhna Wakeur Borom Ndame ; le discours mémorable de Serigne Dame Ndiéguène, qui évoqua avec émotion plus de quarante années de compagnonnage avec Serigne Khadim Lô ; puis la causerie de l’imam Ablaye Thiam, consacrée à la dimension spirituelle des Khassaïdes de Serigne Touba.
Enfin, dans une atmosphère de recueillement intense, Serigne Khadim Gaydel Lô dirigea lui-même une grande séance de prière en communion avec l’assistance, avant d’adresser aux disciples une pluie de prières ferventes. Ce fut une nuit de lumière, de proximité spirituelle et d’espérance.
La clôture du Foulk, entre exhortation et transmission
La cérémonie de clôture du récital du Foulk Mashoune fut, elle aussi, un moment d’une grande intensité. Au-delà des prières, elle fut marquée par un discours fort de Serigne Khadim Lô.
Après avoir rendu un vibrant hommage à Dieu Tout-Puissant, dans un élan rappelant celui du Khalife général des mourides, il exhorta les croyants à cultiver la gratitude envers le Seigneur, s’appuyant pour cela sur les écrits bénis de Cheikh Ahmadou Bamba. Il recommanda avec insistance de ne jamais céder aux désirs illicites de l’âme charnelle et rappela aux disciples que la seule richesse véritable, inaccessible aux mécréants, demeure l’agrément de Dieu.
Dans la suite de son propos, il formula plusieurs recommandations tirées des enseignements de Serigne Touba, insistant sur le fait que leur non-respect éloigne spirituellement du fondateur du mouridisme. Cette parole, grave et éclairante, sonnait à la fois comme un rappel, une mise en garde et une feuille de route pour les consciences.
L’Aïd El-Fitr, l’ultime leçon
Lorsque le mois s’acheva et que vint l’Aïd El-Fitr, Serigne Khadim Lô adressa aux fidèles un message d’une grande portée morale. Son intervention fut centrée sur deux valeurs qu’il présenta comme indissociables : la droiture et la politesse légale.
Selon lui, la droiture sans bonnes manières ne saurait être complète, de même qu’une politesse dépourvue de rectitude perd toute sa profondeur. Il appela ainsi les fidèles à unir la rigueur intérieure à la beauté du comportement. S’adressant ensuite aux parents, il insista sur leur responsabilité première dans l’éducation des enfants, rappelant que la transmission des valeurs commence à la maison. Respect, discipline, moralité : autant de repères qu’il jugea indispensables à inculquer dès le plus jeune âge.
S’appuyant sur l’enseignement prophétique selon lequel le plus bel héritage qu’un parent puisse offrir à son enfant est la bonne éducation, il rappela que la politesse légale n’est pas seulement un code social, mais une voie vers le paradis, une exigence enracinée dans la foi.
Après la prière et le sermon, Serigne Khadim Lô reçut le kourel de l’Université des Khassaïdes de Bakhdad, avant de vivre l’un des temps forts de la matinée : la ziyârah des ndongos tarbiya de Bakhdad auprès de leur maître spirituel. Ce fut un moment profondément émouvant, marqué par des engagements renouvelés de la part des disciples et par la satisfaction visible du guide, qui conclut la rencontre par des prières porteuses d’espoir.
Une empreinte durable
Ainsi s’est vécu le Ramadan 1447 H à Touba Bakhdad : comme une traversée spirituelle intense, faite de récitation, de louange, de service, de partage, de discipline et d’amour de Dieu. À travers chaque acte, chaque rassemblement, chaque prière, chaque sourire offert à un hôte ou à un disciple, s’est dessiné l’image d’une communauté résolument engagée dans la quête de l’agrément divin. Ce mois n’a pas seulement été une succession de cérémonies ou d’activités religieuses. Il a été une école de l’âme, une démonstration vivante de ce que peuvent produire la foi sincère, le ndiguël suivi avec fidélité et le service accompli avec humilité. À Bakhdad, le Ramadan fut une lumière. Et cette lumière, manifestement, continuera d’éclairer bien au-delà de sa fin.
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