الجمعة 29 المحرّم 1439 Saturday 21 October 2017

KhadimRassoul ou une vie consacrée à la science Par Serigne khadim Gaydel Lô

 

Khadim Rassoul en lançant le concept de « Djihadou Ilm » avait clairement situé le seul domaine la compétition méritait de se prévaloir. Dorénavant il ne s’agissait plus de se lancer dans une quelconque entreprise guerrière et violente, mais plutôt, pour le musulman, d’exceller dans l’action de recherche scientifique en ce qu’elle est la clé salvatrice permettant un épanouissement tant spirituel que temporel.

 

Cheikhoul Khadim, comme j’aime à le répéter, se définit d’abord par la science ! .En effet il ne souffre l’ombre d’un doute que le maitre de Touba et de Darou Salam a toujours donné au thème de la connaissance ; une priorité jamais égalée.

Quel bon choix serions-nous tentés de dire en ce que la science et par-delà le savant n’ont d’égal dans l’Islam. Dans cette contribution nous évoquerons de prime abord les fondements de la justesse de cette approche de Serigne Touba de faire de la science son cheval de bataille en ce que l’Islam est une religion fondamentalement scientifique qui a pour principe d’honorer ceux qui l’honorent. (Titre 1) .Nous verrons ensuite dans un deuxième temps comment Cheikhoul Khadim fut le promoteur attitré du Djihadou Ilm en écrits et en actes (Titre 2)

 

1/ La place du savant dans l’Islam ou la justesse du choix de Cheikhoul khadim

 

Le premier devoir que Dieu a ordonné à l’homme dans la logique de l’adoration est de s’instruire. La raison est simple ; l’homme est doté de bon sens pour comprendre, appréhender, interpréter et dès lors croire avec conviction.

Dans son fameux livre « La Revivification Des Sciences De La Religion », le vénérable Abou Hamed Al Ghazali (RA) que Cheikhoul Khadim cite souvent dans ses écrits   aborde dans le même sillage cette optique .Selon lui, l’une des bases textuelles qui, au demeurant, atteste des vertus de la recherche scientifique est à prospecter dans le verset qui dispose que : « qu’Il n’y a d’autre Dieu que Lui, les anges en sont témoins ainsi que ceux qui possèdent la connaissance.» Ghazali (RA) observe que Dieu commence par lui-même, cite les anges et en troisième lieu les gens du savoir. Ceci devrait suffire comme marque de dignité et de distinction. Dans un autre verset, note-t-il, Dieu dans Sa Grandeur parle en ces termes : « Dis leur sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? Il ne craint Dieu, d’entre ses serviteurs que ceux qui ont la connaissance. Dis- leur il suffit de Dieu comme témoin entre vous et moi, celui qui a dévers lui, la connaissance du Livre. » . Au demeurant dans la sourate la Plaideuse, il y est apposé qu’ : « Allah élèvera en grades parmi ceux qui croient et ceux à qui science a été apportée. ».

La science est ainsi un leitmotiv dans le Saint Coran. D’ailleurs une invocation lui est même consacrée. Ainsi, dans la sourate Taaha, on peut lire : « Et dis : ô mon Seigneur, fais augmenter ma science …».

Le prophète Mohammed (Psl), dans de nombreux hadiths, fait l’apologie de la connaissance. Il assure en effet que Le Tout -Puissant la donne toujours à celui auquel il veut du bien et lui inspire le droit chemin. Parlant de la hiérarchie de marque des savants, il n’hésite pas à reconnaitre que « Les savants sont les légataires des prophètes.  » De même, il confirme « qu’ ‘il sera pardonné au savant sur terre et dans les cieux. Et quelle dignité est supérieure à celle de l’absolution des pèches ? » L’Elu de Dieu précise que la « sagesse ajoute de la gloire à celui qui en a été élevé jusqu'à ce qu’il atteigne les aptitudes des rois. »

Le meilleur des savants Mohammed (Sws) a dit aussi que la mort d’une tribu est plus facile à supporter que la mort d’un savant. Quant à la primauté du savoir sur l’acte de dévotion, il pose le principe selon lequel « les bienfaits du savant pour le dévot sont comme ma grâce pour le plus proche de mes compagnons. » Il fait aussi remarquer que le « savant est mieux que le jeuneur, l’homme qui prie et celui qui combat. Lorsque meurt un savant, une brèche se produit en Islam que ne peut collecter qu’un autre savant qui vienne lui succéder. » Quoi de plus normal alors que son Serviteur attitré Khadim Rassoul fit le vivificateur de cette pensée !

 

2Khadim Rassoul et La promotion du concept de  djihadoul ilm.

De bonne heure, Cheikh Ahmadou Bamba avait fait de la recherche scientifique son objectif premier et sa raison de vivre. Quoi de plus normal, pourrait-on objecter rien qu’à voir ses origines : En effet son vénéré père Maam Mor Anta Salli avait dans les domaines de la science religieuse une renommée qui dépassait bien les frêles frontières du Cayor et du Baol. Il fut choisi Cadi du Roi pour qu’il se prononce sur les questions de jurisprudence. Idem pour sa mère, la sainte Maam Diarra dont la famille, lesBoussobenes, fut de tout temps respectée justement à cause des savants hors pair qu’elle a produit. Bref, dans une telle franche ambiance de spiritualité, il ne pouvait en être autrement. Ensuite cet amour pour le savoir se manifeste dans la jeunesse du saint Homme par la fréquence de ses pérégrinations rien que dans le but de combler sa curiosité scientifique.

Dans ses écrits, le thème de la connaissance science revient en ritournelle. Dans Fathul Manan ou l’inspiration du Bienfaisant en réponse à  Ndame Abdourahmane Lo , par exemple, il y appuie d’emblée l’idée de Ghazali (RA) selon laquelle : « La science et l’adoration sont les deux joyaux qui sont la finalité de tout ce que tu verras et de tout ce que tu entendras des ouvrages  des écrivains, aux enseignements des professeurs en passant par les sermons des prédicateurs et les théories des visionnaires. C’est à leur fin que les livres célestes ont été révélés, les Prophètes et Envoyés... En définitive, elles sont la finalité de la création. »

Pour le Lion de Djewol, deux versets suffisent pour attester de la noblesse de la scienceLe premier est la Parole de Dieu qui dit : «Allah qui a créé sept cieux et autant de terres. Entre eux (Son) commandement descend, afin que vous sachez qu’Allah est puissant en toute chose et qu’Il embrasse tout de Sa science ».Dans le second verset, Le Très –Haut précise : “ je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. (Sourate 65 verset 12) (Sourate 51 verset 55).

Toujours dans le même écrit, Serigne Touba pose la problématique de la science en ces termes : « Comment veux-tu adorer une personne que tu ne connais ni par son nom, ni par les attributs de son Essence et dont tu ne sais pas ce qui Lui est dû comme égard et ce qui Lui est indigne de lui comme qualification. Aussi, comment peut-on pratiquer un culte que tu ne connais pas ? »

Dans son livre Massalik Al Jinan, Khadim Rassoul pose le postulat suivant : « Sache frère que la science est mieux que l’action, étant son fondement. Heureux est celui qui l’a acquittée » (v 103). Cependant, précise t-il dans le second axe de sa pensée « Cette science ne peut porter de fruits qu’avec l’application par la pratique. Ainsi, science et action sont le souffle vital qu’un musulman doit chercher à atteindre car un peu d’actions fondées sur la science à plus de récompense sans doute que beaucoup d’actions avec ignorance. »

Devenant plus pragmatique au vers 130, Ahmadou khadim dispose : « qu’un seul verset lu avec réflexion est plus méritoire que la lecture de tout le coran sans réflexion ! ».

Il convient cependant à ce stade de la réflexion de préciser que lorsqu’il parle de science le cheikh vise sans ambages celle considérée comme étant utile. En effet, il écrit que « la meilleure des sciences est celle qui consiste à apprendre l’unicité divine puis viennent la traduction coranique et la science du hadith. Il s’agit de la science utile, celle qui inspire au savant la crainte de Dieu, le Créateur des serviteurs.  »

Aussi à propos de cette quête perpétuelle, le pédagogue écrit : « Neremettez pas l’acquisition du savoir à votre âge adulte car cela prive de l’imminence. »

Dans un autre écrit le Cheikh réitère ce conseil : « sache que celui qui refuse de rechercher le savoir dans sa jeunesse tombera dans le regret car quiconque ne s’empresse pas de rechercher le savoir en s’y consacrant exclusivement avant d’être assailli par ses préoccupations, n’attendra généralement son objectif en cela de lumière de l’âme car comme il est dit ce savoir est à la vie des cœurs ce qu’est la pluie à l’essor d’un pays quand elle l’arrose. »

Derechef on comprend alors la raison pour laquelle dans la préface de son fameux livre intitulé (Tazawoudou Sighar- le viatique de la jeunesse,) Le maitre de Touba et de Darou Salam sagaie cet appel : « Ô vous de la génération des jeunes !  Si vous redoutez la honte, faites précéder l’action de la science. Connaissez d’abord les dogmes de la coutume prophétique, ensuite étudiez la jurisprudence (fikh) et après ces deux, la science du soufisme (tassawouf). Aussi, des instruments sont absolument indispensables à l’étude de la tradition du Prophète des versets du saint coran comme la grammaire, la prosodie, la rhétorique, la linguistique arabe et la sémantique. »

Quant aux principes et méthodes, le soufi des soufis nous exhorte à s’armer de courage et de persévérance car la route de la connaissance est une d’ardue. On ne l’acquiert qu’en s’abstenant de son nafs : « Nuln’acquerra une partie s’il ne lui dispose son tout. Dispense-lui donc sans réticence ton tout, veille tes nuits et endure la faim. Affronte la soif la journée durant. Fais peiner chacun de tes membres. Tout cela avec politesse pour l’acquérir. » 

Joignant l’acte à la parole on peut attester qu’il a vécu avant tout ce qu’il professa. Encore une fois la vie de notre guide se définit par la science et il doit en être de même pour nous les talibés .Notons que de son apparition dans ce qui est apparent du moment où il fut l’adjoint de son père dans le Daara de Maam Mor Anta sali, la science fut une constance. Aussi du moment d’où il se départit de l’enseignement livresque pour se consacrer à celui mystique, il ne s’est jamais arrêté de promouvoir la recherche scientifique. Au-delà il passa son existence entière à être l’éclaireur des érudits qui venaient des quatre coins du monde le consulter.

Quid alors du résultat ? Il fut étonnant à tous les niveaux.

En effet cette préoccupation à tout instant se manifeste par l’ouverture d’innombrables Daaras et surtout l’écriture de milliers de livres. Même lors de l’exil, il ne cessa de réitérer cet appel à l’éducation. Dans une lettre adressée à partir du Gabon à son frère Cheikh Ibra Faty, il insiste : « J’ai ordonné à tous ceux qui me suivent pour l’amour d’Allah le Très Haut le Généreux d’apprendre les principes de base, le tawhid, les lois de la pureté, la prière, le jeûne et autres obligations qui incombent à ceux qui en sont capables… ».

Même après les deux exils qui correspondent à un état de réalisation spirituelle totale, il continua tout de même à exercer ses premiers amours d’éducateur. C’est ainsi que dans un rapport d’espionnage concernant ses agissements, un administrateur colonial  écrit objectivement : “ Le cheikh partage son temps entre la lecture, l’enseignement qu’il donne le plus souvent en plein air, se servant du sol sablonneux comme d’un tableau sur lequel il trace avec son doigt de petits schémas destines à appuyer des démonstrations et à aider la mémoire de ses auditeurs ». (Lesselves, correspondance du 22 Octobre 1915.)

En définitive Cheikhoul Khadim, le savant noir s’est montré inégalable dans le domaine de la connaissance. Au demeurant s’il peut en être ainsi c’est que sa science ; orthodoxe est des plus pures car comme il garantit lui-même dans Jazaoul Chakour (page 45), « il m’est parvenu du Savant, une science authentique et je ne rencontre point un facteur d’affliction à ce sujet».

A ce niveau d’ailleurs, il faut une mise au point. D’abord quand il s’agit de ses rapports avec le cadi Madiakhate Kala il convient de dire qu’il ne s’agissait pas d’une relation de maître à élève. En effet en son bas âge, comme le cheikh fut versé dans la prosodie et il se trouvait qu’à cette époque le cadi Madiakhate Kala fut le plus renommé en ce domaine, il lui donnait ses poèmes pour une revue.  Cependant ce dernier les trouva si parfaits qu’il se mit de bonne heure à les apprendre lui-même !

Ensuite une mise au point est nécessaire s’agissant de ses liens d’avec la famille de Sidy Baba (RA). Il faut rappeler que sa première visite en Mauritanie correspondait surtout à une période de quête spirituelle et plus précisément en la recherche d’un puits intarissable de savoir. C’est ainsi qu’il rendit visite à Sidy Baba. Néanmoins, il se rendit vite compte que ce qu’il recherchait n’était nulle part ailleurs qu’en lui.

En conclusion, il s’avère que Cheikh Al Khadim fut le vrai promoteur du concept de guerre sainte par la science (Djihadou Ilm). En cela, il entendait prouver que la seule lutte qui vaille la peine d’être menée est celle basée sur la connaissance. Agissant de la sorte, il réussit aussi à battre les colonisateurs sur leur présupposé domaine de prédilection : celui de la raison cartésienne. Plus que Descartes, en effet, il venait de prouver que le bon sens est la chose au monde la mieux partagée. Et mieux que Descartes, il ne se limite pas au concept de la raison mais y allie l’action quand il affirme avec véhémence que science et action sont deux choses qui doivent être intimement liées.

Dieuredieuf Cheikhoul Khadim !

Par Serigne khadim Lo Gaydel

 

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