الأربعاء 24 ربيع الأوّل 1439 Wednesday 13 December 2017

Jar Jari Serigne Touba

Jar Jari Serigne Touba (22)

Le Baol à cette époque était déchire par l'anarchie. son chef Thieyacine fall détrôné, les principaux chefs thiédos tués. L'agglomération Mbacké Touba continuait à se développer avec ampleur et les disciples accouraient de tout part vers Cheikh Ahmadou Bamba

Un ancien élève de son père Saer Maty fils de Maba Diakhou, qui ne reconnut jamais l'autorité des français s'était retiré en Gambie anglaise où il entretenait d'excellents rapports avec Cheikh Ahmadou Bamba:

Cette situation ne tarda pas à inquiéter les autorités françaises d'ailleurs essoufflées par les luttes incessantes contre les chefs traditionnelles et par ailleurs gênés par l'influence de plus en plus croissante d'Ahmadou Bamba.

Lorsque ce dernier s'installa dans le bas Ferlo, à égale distance des fleuves Sénégal et Gambie, entre le Djoloff, le Cayor et le Baol, l'inquiétude des français redoubla. Ils craignaient que ce point ne devînt un jour vu les bonnes relations de Saer mati avec Bamba, une zone d'hostilité contre leur influence. C'est à partir de ce moment que les français se mirent à exercer une étroite surveillance sur Cheikh Ahmadou Bamba.

Certains chefs jaloux du prestige du marabout et surtout craignant de voir affaiblir leur autorité, se mirent à tramer toutes sortes d'intrigues contre lui. Des plaintes affluèrent vers les autorités françaises; Le gouverneur Thomas demanda alors à Cheikh Ahmadou Bamba de renvoyer tous les talibés dans leurs villages respectifs et ordonna aux cheikhs consacrés par Bamba de quitter Guet à l'issu d'une plainte du Bour Ndiambour à propos de prétendus désordres crées dans sa province par les disciples du marabout. Ahmadou Bamba devait demeurer dans le Baol jusqu'en 1895 date à la quelle il retourna dans le Djoloff pour y fonder Touba Djoloff.

Les autorités françaises, intervenant de plus en plus dans les affaires du pays tentèrent de faire pression sur le marabout autour du quel s'étaient rassemblés les anciens amis et membres des familles de Lat Dior, Samba Laobé Fall, le Bourba Djoloff lui même avait fini par s'affilier, en 1895, à la confrérie.

Alors de l'inquiétude, les français passèrent à la panique. La fameuse affaire du prétendu prophète peul apparu dans le Djoloff et ressuscité 3 jours après sa mort à Ganado avait excité les esprits et devait par ailleurs servir de prétexte aux français pour restaurer l'ordre et décider en même temps d'une intervention dirigée contre Cheikh Ahmadou Bamba dont l'influence s'exerçait alors sur tous les Bours(rois) et Badolos(simples citoyens).

Son arrestation fut opérée le 10 aout 1895. Le 05 Septembre de la même année, à l'issue d'une réunion du conseil privée, il fit l'objet d'une ordonnance de déportation pour le Gabon où il demeura 7 années, 7 mois et 7 jours

Serigne Khadim Gaydel Lô

« Si vous dites que je fais la guerre sainte, je vous donne entièrement raison. Mais je la fais par la science et la crainte révérencielle de Dieu ». Par ces propos sublimes lors du conseil privé du 5 septembre 1895 qui décidait de son exil au Gabon, Cheikh Ahmadou Bamba décrétait une nouvelle forme de Jihad fondée sur la foi, la science et la crainte révérencielle.

Cheikh Ahmadou Bamba put se détacher du pouvoir temporel des rois et des princes pour se livrer à la vie ascétique et désintéressée entièrement axée sur l’imitation du prophète (Paix et salut sur lui). Il fut beaucoup critiqué dans sa démarche par ceux qui espéraient qu’il continuerait dans le sillage de son père en tant que conseiller et magistrat du roi, mais il resta ferme dans son choix. Cheikh Ahmadou Bamba s’est toujours situé dans l’axe du Coran et de la Sunna (tradition du prophète). Pour lui « quiconque est en harmonie avec Dieu ne doit pas se soucier de sa contradiction avec les hommes ».

Né vers 1850 mais beaucoup disent 1855, de son vrai nom Ahmed Ben Mouhamed Ben Abib Allah. Il est d’origine toucouleur par son quatrième ascendant venu du Fouta et installé en pays wolof où il épousa une femme de la race. Son arrière-grand-père Mame Marame, père de Balla Mbacké, fonda dans le Baol, vers 1772, un village baptisé Mbacké, pour perpétuer le nom de sa famille. Balla Mbacké s’installa dans ce village avec sa famille comme professeur enseignant le Coran. C’est là que naquit Momar Anta Sali, son fils. Ce dernier fit tout d’abord ses études avec son père Mame balla Mbacké, avant de les achever avec un éminent marabout nommé Ahmadou Sall, venant d’une localité appelée Bamba.

Ce qu’il faut retenir de cette relation, c’est que ce fin lettrée avait demandé à Momar Anta Sali de donner son nom à son deuxième fils. Ce qui fut fait et c’est ce fils, prénommé Ahmadou Bamba, qui, plus tard, devint le fondateur de la confrérie des Mourides.

Au cours de l’invasion du Baol par le marabout Maba Diakhou, Mame Balla Mbacké fut tué, dit-on, par des peuls et son fils Momar Anta Sali déporté au Saloum par Maba Diakhou. Il ouvrit alors une école coranique très fréquentée à Porokhane et en profita pour donner une instruction solide à ses enfants. Il devint même, par la suite, le percepteur des fils de Maba parmi lesquels Saer Mati, qui devait plus tard se lier d’amitié avec Ahmadou Bamba. Ce fut à porokhane, entre 1860 et 1870, que Cheikh Ahmadou Bamba, encore jeune, fit son apparition sur la scène religieuse et se lia d’amitié avec les chefs traditionnels de l’époque parmi lesquels le Damel du Cayor, Lat Dior N’Goné Latyr Diop qui, détrôné, s’était provisoirement retiré au Saloum.

Lorsque Lat-Dior fut réinstallé sur le trône, Momar anta Sali regagnait le Cayor avec ce dernier et passa un séjour de plusieurs années à Patar avant de s’installer à Mbacké Guet où il fonda un village baptisé Mbacké-Cayor. C’est là qu’il mourut vers 1882 ou 1883 laissant sa famille continuer à y résider. Lat Dior avait alors repris la lutte contre les Français. En 1886, il tomba définitivement à Dekhelé. Cheikh Ahmadou Bamba quitte alors le Cayor pour venir s’installer à Mbacké-Baol, le village de son ancêtre. Il fonda près de Mbacké-Baol son propre village, Touba, devenu aujourd’hui la grande métropole religieuse, sanctuaire du Mouridisme et lieu de pèlerinage annuel du monde noir musulman.

Cheikh Ahmadou Bamba a mené une vie si miraculeuse qu’on se croirait à un conte de fées. A huit ans (8 ans), il a écrit son plus beau poème ; sa vie qui a duré environ soixante-douze (72 ans) , connait trente-trois ans (33 ans) de privations de liberté mais malgré cela, Ahmadou Bamba a produit sept tonnes cinq cents (7 tonnes 500) de manuscrits. Personne ne l’a jamais vu étendu ou en sommeil ; il était d’un dynamisme exceptionnel aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel.

Serigne Khadim Gaydel Lô

Les relations de l’autorité coloniale avec Ahmadou Bamba sont plus complexes. Nous avons vu que, dans un premier temps (1886-1912), elles se caractérisent par l’hostilité. Le fondateur du mouridisme était accusé de vouloir ranimer la guerre sainte et prendre la relève des souverains déchus. Il a été incontestablement le symbole du nationalisme et de la résistance wolof à la colonisation. Il a représenté ce symbole par son attitude de distance et de non-soumission vis-à-vis de l’administration qui l’a interprétée comme une marque d’hostilité. En fait, cette attitude profonde avait été adoptée depuis l’époque monarchique à l’égard de l’autorité temporelle. Contrairement à El Hadji Malick, le chef du mouridisme ne considérait pas celle-ci comme sacrée parce qu’instituée par la volonté divine. Dieu était la seule autorité qu’il devait servir, à l’exception de toute autre.

Déjà, en 1883, refusant le poste de cadi du Royaume que lui proposait le Damel Lat Dior, il declarait : « J’ai honte que les anges me voient porter mes pas auprès d’un roi autre qu’Allah ». De la même manière, refusant de répondre à la convocation du Gouverneur de Saint-Louis en 1903, il lui faisait savoir : « Je suis le captif de Dieu, ne reconnais d’autre Maitre que lui et ne rend hommage qu’a lui seul ».

Cette attitude de refus de la collaboration a été considérée comme une volonté d’insoumission voire de révolte. Ce n’est que plus tard que les Français comprendront qu’Ahmadou Bamba était essentiellement un chef religieux dépourvu d’ambition politique. Pendant la période  de persécutions dont il a été victime, il n’a pas élaboré d’idéologie politique de résistance a l’instar d’un Ghandi par exemple qui, bien après avait élaboré une idéologie contre l’empire britannique. Il a lui seul assumé sa forme de lutte. Les propos que lui prête P. Marty, sans donner d’ailleurs de références précises, selon lesquels il appellerait de ses vœux la soumission à son autorité des Noirs comme Blancs, des chrétiens, sont généraux et faisait allusion certainement à une soumission spirituelle. Néanmoins, Ahmadou Bamba selon Marty « était subversif dans ses publications : tous les corps me sont soumis, tus les cœurs dompte par mois. Les Blancs et les Noirs me sont soumis ».

Nous avons vu que la période d’hostilité était close en 1912, date de son installation à Diourbel, après son retour d’exil. A partir de ce moment, les relations entre Ahmadou Bamba avec l’administration s’améliorent et deviennent moins conflictuelles. Les raisons de cette évolution sont multiples et ne se résument pas uniquement à ses quelques éléments avancés par des autres occidentaux : une plus sereine appréciation, par le pouvoir, de son attitude de guide religieux pacifique, un accommodement du chef mouride avec la colonisation qui se stabilise et fait régner l’ordre et la paix. Ahmadou adopte donc le principe du « neutralisme positif » dans la mesure où les blancs lui ont collé la paix et ont même reconnu les erreurs sur le marabout.

En fait les changements d’hommes et de politiques coloniales ont beaucoup contribué à l’évolution des rapports entre Ahmadou Bamba et les Français. Il y a eu aussi les dimensions mystiques que les occidentaux n’intègrent pas du tout dans leurs analyses. En réalité Ahmadou Bamba était dans une mission dont la programmation échappait aux colonisateurs.

Serigne khadim Gaydel Lô

Les marabouts et le pouvoir politique : Relation entre El Hadji Malick et les colons

En pays wolof, la conquête marque la fin non seulement de la monarchie mais des guerres saintes. L’impossibilité de s’opposer par les armes à la colonisation amène les marabouts à collaborer avec ses représentants pour pouvoir continuer leur prosélytisme de manière pacifique.

Ainsi se développe une idéologie très pragmatique ; elle est d’abord l’œuvre d’El Hadji Malick Sy, un grand saint doublé d’un fin stratège, chef de la confrérie tidiane. Si les combattants de la foi, d’El Hadji Omar à Maba Diakhou et Ahmadou Chékhou (appartenant au tidianisme), ont trouvé dans les textes sacrés des principes justifiant leurs entreprises de guerre sainte contre les monarchies païennes et la pénétration française, il existe aussi, en Islam, des principes recommandant le respect de l’autorité établie si celle-ci ne s’oppose pas à la religion. L’un de ceux-ci, appelé neutralisme positif, antérieur à la tidianya, est adopté par elle, et par El Hadji Malick notamment.

La collaboration avec le pouvoir colonial est l’un des thèmes principaux de l’enseignement oral et des écrits du chef du tidianisme wolof. Elle s’appuierait même (si on se réfère à certains passages de son œuvre) sur une conception générale de respect profond de toute autorité temporel qui émanerait de Dieu. L’entente avec le pouvoir politique est en tout cas, indispensable à l’accomplissement des devoirs religieux, et c’est par cette idée que se termine l’un de ses principaux ouvrages : « kifâya ». Dans ces conditions, on comprend le soutien qu’El Hadji Malick pouvait manifester à l’égard de la colonisation qu’il couvre d’éloges : « les français se sont imposés à nous par leurs bienfaits de justice, la sécurité intérieur, la paix générale, le développement des transactions et du bien être, etc., et leur respect profond pour notre religion ». Pour toutes ces raisons, il exhorte les fidèles à adhérer à l’action du gouvernement colonial sur lequel il appelle la bénédiction divine. Il leur demande d’obéir aux ordres de l’administration, de payer les impôts, de prier pour la victoire des armées françaises durant la première guerre mondiale. El Hadji Malick disait « Dieu (qu’il soit béni et exalté) a accordé tout particulièrement aux français, la victoire, la grâce et la faveur. Il les a choisis pour protéger nos personnes et nos biens. Avant leur arrivé ici en effet, nous vivions sur un pied de captivité, de meurtre et de pillage. Musulmans et infidèles se valaient sur ce point ».

Le pouvoir colonial appréciait hautement l’action d’El Hadji Malick dont il facilitait, en retour, la propagande religieuse.

Serigne Khadim Gaydel Lô

Les fondateurs de confréries, qui ont été les principaux artisans à jeter les bases du système religieux wolof actuel, étaient considérés comme des savants et des saints.

Leur réputation a été faite d’abord par leur science religieuse, leur connaissance des textes sacrés, et des disciplines scientifique en général, dont ils assuraient la diffusion par un enseignement de haut niveau et par leurs publications. Le tidianisme passe pour être un ordre essentiellement enseignant, El Hadji Malick a beaucoup contribué à répandre, au début du siècle, l’Islam, en formant des maîtres d’écoles coraniques et de nombreux érudits. De son côté Ahmadou Bamba, considéré comme un grand érudit, était aussi un enseignant et un auteur dont les ouvrages de vulgarisation ont servi efficacement l’expansion religieuse.

Ces chefs de confrérie furent, en même temps, des ascètes et des pieux musulmans donnant l’exemple par leur conduite et leur soumission à Dieu. Mais leur mysticisme, s’il pouvait se traduire dans le recueillement et la méditation, ne s’exprimait ni dans la mortification ni dans l’extase. El Hadji Malick, aurait pris des distances à l’égard du soufisme qui risquait d’être mal compris par les néophytes, nombreux dans la société wolof du début du siècle, auxquels il avait affaire. Même chez Ahmadou Bamba, qui se réclamait du mysticisme, il s’agissait d’une forme « minimiste », selon l’expression de Fernand Dumond. Pour lui, comme pour Ghazâli, un de ses inspirateurs, le mysticisme ne saurait entrer en contradiction avec l’orthodoxie ; c'est-à-dire la charîa ou la loi formelle révélée par le Coran. Il ne prétendait pas, non plus, atteindre l’extase et l’anéantissement en Dieu qui est inaccessible par l’expérience vécue.

Ahmadou Bamba comme El Hadji Malick avaient nettement pris conscience de leur mission : convertir les populations, affermir la religion en diffusant les préceptes fondamentaux de l’Islam.

Ils voulaient faire une œuvre sociale et se refusaient à mener des expériences strictement individuelles, aussi enrichissantes soient elles, comme la connaissance inspirée, mystique et l’union avec Dieu.

Serigne Khadim Gaydel Lô

Devant l’afflux des adeptes auprès de lui, en foules nombreuses et passionnées (qualifiées d’hystériques dans les rapports d’administrateurs), malgré les menaces, les interdictions de déplacement, les dispersions de la force, les français s’inquiétèrent sur les desseins du marabout soupçonné de vouloir ranimer la guerre sainte et d’avoir des ambitions politiques. Cette crainte trouvait, aussi, sa raison dans l’attitude distante, voire hostile, de celui-ci vis-à-vis de l’administration aux convocations de laquelle il refuse de répondre. Marty note qu’ « invité à plusieurs reprises en Mai 1903 à se présenter à Saint-Louis, Ahmadou Bamba éluda tous les ordres. Je vous fais savoir écrivait-il à l’autorité locale, que je suis le captif de Dieu et ne reconnais pas d’autre autorité que Lui ». Cette situation conflictuelle va durer jusqu’en 1912, année où Ahmadou Bamba après de nombreux exils, est autorisé à s’installé à Diourbel, au cœur du pays wolof, en ce moment, un tournant est pris dans les rapports entre Ahmadou Bamba et l’administration coloniale. Durant ses exils, selon Marty, il y a eu des rapports de collaborations entre les représentants du mouridisme et les hommes politiques, comme François Carpot, qui facilitèrent le retour du marabout. Celui-ci avait adopté, aussi bien au Gabon qu’en Mauritanie, une attitude irréprochable consacrant l’essentiel de son temps à l’étude et à la prière. En avril 1907, le commissaire du Gouverneur Général en Mauritanie, ayant fait remarquer l’attitude correcte du Serigne depuis quatre ans et sa conduite irréprochable lors des événements du Trarza et du Tangant, demanda et obtint le retour au Sénégal d’Ahmadou Bamba.

A son retour au Sénégal, après sa deuxième déportation, il n’aspirait plus qu’à la paix et à la tranquillité, pour se vouer à Dieu. L'age, la fatigue, à la suite de son long internement au Gabon, la consolidation de la colonisation l’avaient rendu plus accommodant vis-à-vis de celle-ci.

A partir de ce moment, la paix était définitivement faite avec les pouvoirs politiques, la résistance à la colonisation ne constituait un facteur de polarisation pour la confrérie. Celle-ci va se lancer à la conquête des terres neuves du Ferlo occidental, aux limites du Djolof, du Cayor et du Baol, afin de s’adonner à la culture arachidière que les français encourageaient dans le but de ravitailler la métropole en huile, et que les marabout entreprendront pour se procurer des revenus monétaires et s’enrichir, ce que les cultures de subsistance ne permettaient pas. La société entrait, dès ce moment, dans le circuit de l’économie monétaire du pacte coloniale.

Au total, nous pouvons dire, qu’en pays wolof, nous avons vu que l’Islam était essentiellement confrérique. Ce caractère s’explique par deux raisons principales ; l’une d’ordre externe : l’influence ancienne, précoloniale, de marabouts arabes berbères venant de régions où le mysticisme prédominait largement sur la doctrine scientifique et qui propageait l’enseignement de leur voie ; l’autre, d’ordre interne, est fournie par la crise sociopolitique profonde créée par la conquête coloniale ; celle-ci a favorisé l’émergence des personnalités religieuses, à la tête de confréries qui réorganisaient la société face à la destruction du pouvoir monarchique.

Serigne Khadim Gaydel Lô

Son fondateur, Ahmadou Bamba (1850 ou 55-1927), appartenait à une famille installée depuis plusieurs générations dans le pays wolof (au Djolof particulièrement). De tradition islamique ancienne, elle avait cependant entretenus des relations étroites et noué des alliances avec des alliances avec des dynasties royales comme celle des Guééj.

Son père, Momar Anta Sali, avait été nommé cadi du royaume par le Damel Lat Dior (qu’il suivit dans son exil au Saloum, auprès de Maba) dont il avait épousé la nièce. Ahmadou Bamba, lui-même, vécut un moment dans l’entourage du souverain sans doute en compagnie de son père, avant de prendre ses distances pour parfaire ses connaissances et se consacrer à Dieu. Il parait qu’il exerçait des pressions sur son père pour qu’il renonce à son importante fonction de Cadi du Damel. Il aurait désavoué cette collaboration suspecte qui obligeait à rendre des jugements inspirés par le pouvoir et qui pouvaient être contraire aux lois islamiques. Il aurait condamné aussi l’attitude du célèbre marabout Khâli Madiakhaté Kala qui avait pris la succession de son père.

Sa réputation de savant et de saint lui attira rapidement beaucoup d’adeptes, au lendemain de la conquête, à la fin du XIXe siècle et au début du XXème. La confrérie qu’il créa au Baol attira des fidèles issus non seulement de cette région mais venant aussi du Cayor et du Djolof…

Ces adeptes étaient, souvent, des tiéddos (aristocrates, notables, hommes de castes, esclaves de la couronne) nouvellement convertis qui, ne pouvant plus soutenir ou servir la monarchie défunte, embrassaient l’islam et se mettaient au service du grand marabout qui refusait de se compromettre avec les conquérants et apparaissait, dès lors, comme une figure de proue de la résistance nationale. Les militaires français avaient employé des méthodes brutales pour briser la monarchie et soumettre les populations; les guerres incessantes contre les chefs politiques s’accompagnaient d’incendie de village, de capture de personnes, de rafles de bétail, d’enlèvement de greniers. La destruction du pouvoir, qui par elle-même décapitait la société et la privait d’organisation sociopolitique, était source de traumatisme aggravé par les violences de la conquête qui affectaient sévèrement les populations. Celles-ci n’avaient d’autres recours, pour suivre et se réorganiser, que de se mettre sous la protection des marabouts qui sont apparus, à cette période de crise, comme étant leurs chefs spirituels et temporels. Cheikh Ahmadou Bamba se révélera comme le guide, par excellence, de tous ceux qui ont subi le plus durement le choc de la conquête sans pour autant renoncer à la résistance qui était pour eux une sorte de survie. Celle-ci prendra une forme religieuse, la seule possible après la défaite des chefs politiques. C’est une forme de lutte courante que l’on observe chez des populations traversant une crise sociopolitique profonde. A la suite des conquêtes par des étrangers.

Nous avons vu que la conversation à l’islam, sous la monarchie païenne, était un refus de ce régime et particulièrement, de la traite esclavagiste qu’il pratiquait; après la conquête, elle sera un refus de la défaite et de la colonisation. Cheikh Ahmadou Bamba apparaît, aux yeux des masses, comme l’incarnation de la résistance et du nationalisme wolof…

Serigne Khadim Gaydel Lô

Aujourd'hui, dans votre rubrique "Jar Jari Serigne Touba" ou l'histoire de Cheikh Ahmadou Bamba, khadimrassoul.net vous propose une étude préalable de l'ordre monarchique des royaumes du Sénégal et la genèse des confréries et leurs attitudes face à la colonisation.

Sénégal : La destruction de l'ordre monarchique et ses conséquences

Plusieurs facteurs ont favorisé la poussée de l'Islam au sénégal; le plus décisif a été la destruction de la monarchie qui constituait l'obstacle majeur au développement de cette religion. Le vide politique créé par la conquête, avant la mise en place et la consolidation de l'administration coloniale, toujours considérée comme étrangère, a permis l'installation du système religieux dont les chefs qui avaient déjà acquis un grand prestige auprès du peuples qu'ils défendaient sous la monarchie, étaient devenus les guides, non seulement spirituels mais temporels de la société wolof. Les marabouts prenaient ainsi en charge cette société, lui permettant de traverser cette crise majeure provoquée par la destruction violente du système monarchique en la restructurant dans le cadre de l'ordre religieux. C'est sous forme de confrérie que l'Islam se diffuse après la conquête et organise les populations qui s'affiliaient ainsi à leur ordre.

Il existait et il existe toujours, en milieu wolof, plusieurs confréries dont deux principalement, tidiane et mouride, qui ont joué des rôles complémentaires dans l'expansion de l'Islam à l'époque immédiatement postérieure à la conquête, et, après, ainsi que dans l'organisation des populations. La troisième confrérie, quadir, a beaucoup moins d'importance, en partie, à cause de son origine étrangère, maure, et de ses dirigeants; elle comprend beaucoup moins d'adeptes. Elle n'est pas, cependant, fondamentalement différente des autres, dans son organisation, sa hiérarchie, ses institutions.

Les attitudes des confréries vis-à-vis de la colonisation (au lendemain de la conquête tout au moins) sont différentes...

La confrérie tidiane, dont l’incarnation confrérique était El Hadji Malick Sy (1855-1922), entretient de bonnes relations avec les conquérants et administrateurs français, malgré la brutalité des méthodes de ces derniers pour contrôler et dominer les populations. Elle adopte ainsi, en grand stratège, une attitude réaliste, devant la puissance militaire des colonisateurs qui a détruit la monarchie de tradition guerrière.

Le fondateur du tidianisme en milieu wolof n’était pas originaire du Cayor, où il s’est installé à la fin du siècle dernier, venant du Walo, il lui était difficile de mobiliser, dans une action périlleuse, les populations de cette région, comme le fera le mouvement Mouride, au Baol, à la même période. Mais la principale raison de collaboration Tidiane avec l’administration coloniale réside dans l’origine des adeptes qui font, généralement, partie des anciens islamisés s’étant opposés au pouvoir monarchique à cause de ses abus et ont vu d’un œil favorable sa défaite. Parmi les membres de la confrérie se trouve la majorité des cadres auxiliaires de la colonisation, issu des villes et esclaves de la côte, de la voie ferrée Dakar-Saint-Louis et du bas fleuve: employés de l’administration et des maisons de commerce, traitant surtout, dont les activités servaient directement ou indirectement l’entreprise coloniale et qui avaient intérêt à l’établissement et au maintien de relations confiantes entre celle-ci et leur organisation religieuse. Le rôle de collaboration avec le pouvoir colonial et, après, avec l’Etat indépendant du Sénégal sera une constante de l’attitude de la confrérie tidiane…

 (NB:contexte de la création du mouridisme et présentation de Serigne Touba)

La confrérie Mouride s’est constitué et a commencer à se développer, à cette même époque de la fin du XIXe siècle, au lendemain de la défaite des monarchies wolofs. Cette période de crise sociopolitique profonde a été favorable à la naissance d’organisations religieuses fondées par de fortes personnalités, réputés pour leur science et leur sainteté. Celles-ci prenaient, d’une certaine manière, la relève du pouvoir politique miné par de grandes faiblesses se traduisant par l’oppression des populations, des guerres et des conflits internes incessants, avant d’être détruit par la conquête. La confrérie mouride est apparue comme un lieu de résistance passive à la colonisation, contrairement à la confrérie Tidiane qui avait une autre lecture des événements.

Momar Talla Kane

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