الإثنين 22 ربيع الأوّل 1439 Tuesday 12 December 2017

Netali Borom Ndame

Netali Borom Ndame (80)

Cette situation persista jusqu’à ce que Dieu décrétât que, Ibrahima Macoudou DIOP, cousin de Lat-Dior, roi du Cayor, qui était très estimé par le souverain se soumit à lui. Le premier ordre que Cheikh Ahmadou Bamba donna à l’esclave de Madiakhaté Kala fut de restituer tous les biens pris à Ahmadou Cheikhou, un homme venu du Fouta, qui prétendait mener une guerre sainte contre le souverain du Cayor afin de les convertir à l’Islam en dépit du fait qu’ils eussent prié, jeûné et prononcé la profession de foi musulmane. Dieu sait le mieux ce qu’il en était.

A plusieurs reprises, il avait mis en déroute les gens du Cayor qui, assistés par la France, l’avait tué, avaient pillés ses biens et captivaient ses compagnons. Comme ces derniers étaient des musulmans, Mame Mor Anta Saly avait interdit qu’on s’emparât de leurs biens parce que la guerre contre eux était un conflit inter-musulman. Or, dans un conflit, le sang est nul, mais les biens doivent être restitués à leurs propriétaires.

D’après ce qui est parvenu à ma connaissance, certains cadis avaient émis un avis juridique selon laquelle prendre ces biens était licite. Cet avis était appliqué jusqu’à ce que cet Ibrahima se convertît à l’Islam. Cheikh Ahmadou Bamba lui ordonna alors de restituer le butin à ses propriétaires. C’est alors que se multiplièrent les propos tenus sur le compte de Cheikh Ahmadou Bamba auprès de Lat-Dior à qui l’on dit : « Cheikh Ahmadou Bamba a récusé l’avis juridique de Khaly Madiakhaté Kala, s’est opposé aux ulémas sur cette question et n’a pas tenu compte du respect à votre rang ; si vous ne le réprimez pas tout de suite, vous verrez ce que vous détester , car ses fidèles sont des mourides qui se distinguent des autres par leur ferveur dans le culte. Il lui obéissent mieux que tout autre groupe de fidèles obéit à son maître ».

Le souverain finit par envoyer un messager auprès de Cheikh Ahmadou Bamba pour le faire venir afin de tenir un conseil le réunissant avec les ulémas dans le but de débattre de la question controversée. Mais Cheikh Ahmadou Bamba lui a répondit que cela lui était impossible. Quand le souverain lui répéta à plusieurs reprises son invitation et le menaça au cas où il ne se serait pas rendu auprès de lui, Cheikh Ahmadou Bamba lui écrivit : «  Ni l’orgueil, ni la vanité ne m’ont empêché de répondre à tes convocations. Je ne crains pas de vous rencontrer ; et, ne doutant point de la validité de mon argument, je ne me dérobe pas à un débat avec les ulémas. Mais la tradition, comme le disait un des ulémas à un souverain, veut qu’on se rende auprès du savant et qu’on ne le convoque pas. Comme du reste, l’imâm Mâlik Ibn Anas avait dit à Hârun ar-Rachid : « Si vous ne voulez pas vous instruire et ne désirez que des honneurs mondains, je ne peux pas traiter avec vous. Car j’ai honte que les anges me voient devant la porte du souverain pour une affaire purement séculière ».

Quand ces propos lui parvinrent de la part d’un homme, qui naguère avait était devant lui et devant Mame Mor Anta Saly un adolescent, il fut tout étonné. Comme ces propos impliquaient un manque de respect à son égard et à l’égard des ulémas, il consulta ces derniers. Certains de son entourage lui conseillèrent de le réprimer. La nouvelle de cet incident se répandit, car, comme vous le savez les cours des rois sont comme les marchés. Mais grâce à la protection divine, le souverain fut surpris par la rupture de son alliance avec la France à cause de circonstances qui l’imposèrent. L’inquiétude provoquée par cette rupture dominait toutes les autres préoccupations de roi.

Que Dieu est transcendant! L’histoire se répète. En effet, ce même incident et le mal éventuel de l’Emir de Dieu détourna de Cheikh Ahmadou Bamba fut arrivé, plus de mille ans avant lui, à Muhammad Ibn Isma’il de Bukhârâ (D.S.S.L). Lorsqu’il revint à s ville natale de Bukhârâ emportant son Djâmî authentique, on dressa en son honneur des tentes à une farsakh de la ville et tous les habitants sans exception participèrent à son accueil. Des pièces d’argent et d’or furent répandues sur lui. Il resta quelque temps auprès de ses compatriotes pour leur raconter des hadîths.

Ensuite, le gouverneur de la province, Khâlid Ibn Abdallaâh al-Dhunhalî le représentant du calife, envoya auprès de lui un messager afin qu’il lui apportât le corpus et l’enseignât au palais. Bukhari n’obtempéra point et dit à son envoyé : « Dis-lui que je ne méprise pas la science ; je ne l’emporte pas vers l porte des sultans. S’il en a besoin, qu’il se rende soi à mon lieu de prière, soi chez moi. En tant que Sultan, si ma position ne lui plait pas, il peut m’empêcher de tenir des séances d’enseignement. Une telle intervention constituerait pour moi une excuse devant Dieu, au jour de la Résurrection. En tout cas, je ne dissimule pas la science. »

Par la suite, ils s’éloignèrent l’un de l’autre et le gouverneur lui ayant ordonné de quitter la ville, il éclata en imprécations contre lui. A peine s’écoula un mois que le gouverneur fut limogé et promené sur un âne en signe d’humiliation. Il fut, au surplus, emprisonné jusqu’à sa mort. Pas un de ses collaborateurs n’échappa d’ailleurs à une dure épreuve.

Ce même sort fut subi par le Damel et un de ses collaborateurs qui manifestait de la haine et de l’intolérance à l’égard de Cheikh Ahmadou Bamba suscitait des animosités entre lui et le Damel ; il déclarait au public : «Regarder le milan qui cherche à ressembler à l’aigle qui plane ». il voulait parler du grand cadi et se moquait du jugement de Cheikh Ahmadou Bamba comme le faisaient d’autres parmi lesquels la sœur de Damel, la Linguère.

En ce qui concerne le ministre moqueur il vécut longtemps après son maître. Vêtu de vêtements râpés, le ministre frustré se tenait debout à côté d’un puits, histoire d’abreuver ses bœufs et ses vaches qui n’avaient d’ailleurs d’autres bergers que lui ou son fils, lorsque Cheikh Ahmadou Bamba, accompagné d’un impressionnant cortège de disciples qui récitaient des litanies jaculatoires, passa à côté de lui et qu’il reconnut Cheikh Ahmadou Bamba : il pria sa corde, courut à travers la foule et s’efforça d’avoir la chance de toucher la paume de Cheikh Ahmadou Bamba.

Quant à la princesse, la Linguère, elle mendiait devant les portes de Cheikh Ahmadou Bamba et même devant celle des mourides. Mais, grâce à l’aide d’un de ces derniers, elle finit par se convertir à l’Islam ainsi que les autres membres de sa famille déchus. Regarde comme il y a dans cette observation une série d’idées accessoires et utiles.

Dieu avait mis dans la nature innée de Cheikh Ahmadou Bamba l’affection pour les croyants et la pitié pour toutes les créatures ; il n’avait jamais jeté l’anathème sur une personne. Bien au contraire, il patientait, s’en remettait à Dieu, supportait les préjudices des ennemis et ne nourrissait à leur égard que sympathie, espérant qu’ils seraient bien guidés. Cette conduite ressemble à celle du Prophète (P.P.S.S.L) qui disait, alors que le sang coulait de sa blessure :

« Mon Seigneur, pardonne-leur, car il ne savent pas». Sans doute l’adepte fidèle suit strictement son maître.

A propos du pardon, le Coran dit d’ailleurs : « Repousse la mauvaise action grâce à ce qu’il y a de meilleur ; celui qu’une inimitié séparait de toi, deviendra alors pour toi un ami chaleureux » (41/34).

Ainsi ne reste-t-il de la famille de Lat-Dior et de celles des autres souverains du Cayor et du Baol une seule personne qui ne se convertît à l’Islam pour obéir à Dieu, le Seigneur des univers ; et ce, grâce à Cheikh Ahmadou Bamba que Dieu le récompense par le bien à Son nom, au nom de sa religion et de Son Prophète (P.P.S.S.L).

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Cheikh Ahmadou Bamba a supporté deux sortes de faim : une faim involontaire et une faim volontaire. La première, il l’a supporté sans chercher de nourriture en dépit de sa pauvreté en attendant que Dieu lui procure des biens. La seconde, il l’a supporté en dépit de sa richesse et alors même que les hôtes et les visiteurs mangeaient dans sa maison à leur faim, et que sa famille était bien aisée, et que des écuelles grandes comme d’énormes bassins étaient remplies de nourriture, et que des marmites pleins de nourriture étaient partout installés…

Il a souvent pratiqué cette sorte de patience malgré sa richesse, et l’affluence des subsistances vers lui et l’envoi (régulier) de vivres portées par des hommes, des ânes, des dromadaires et de grands navires qui fendaient les vagues avec fracas. Ces vivres venaient de partout : des plaines, des montagnes, des mers et des rivières…

Dans son endurance de la faim, Cheikh Ahmadou Bamba ne faisaient que suivre l’exemple du Prophète (P.P.S.S.L). En effet, un hadith d’Aïsha dit :

« Deux mois s’écoulaient sans que rien ne soit cuit dans la maison du Messager de Dieu.

  • De quoi viviez-vous alors ? Lui demande-t-on.

  • Des deux (denrées) noires : la datte et l’eau. Le Messager de Dieu avait toutefois des voisins de Ansar qui possédaient des chamelles données à usufruit, et ils donnaient du lait au Messager de Dieu (P.P.S.S.L) et celui-ci nous en offrait … »

Ce hadith vous permet de savoir que la vie à Médine à cette époque-là était misérable par rapport à la vie de celui qui se nourrissait de lait, de pain et de viande. Car l’aisance d’une vie et sa médiocrité sont des choses relatives.

Toujours à propos de la sobriété du Prophète, un hadith de Fâtima (D.S.S.E) nous apprend qu’une fois elle apporta un morceau de pain au Messager de Dieu (P.P.S.S.L). « Qu’est-ce que ce fragment, Fâtima ? lui demanda le Prophète (P.P.S.S.L).

  • C’est un pain que j’ai vais et que je ne voulais pas manger sans vous en offrir un morceau ». répondit-elle.

  • C’est le premier aliment que j’absorbe depuis trois jours » ; dit alors le Prophète (P.P.S.S.L)

On peut aussi citer à ce propos le hadith relatif à un déplacement du Prophète (P.P.S.S.L) en compagnie d’Abû Bakr et d’Omar. La version de ce hadith adoptée par Muslim et rapportée d’après Abû Hurayra dit : « le Messager de Dieu (P.P.S.S.L) sortit et rencontra inopinément Abû Bakr et Omar. « qu’est-ce qui vous a fait sortir à cette heure-ci ? » leur demande-t-il, « la faim », répondirent-ils.

« Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, je suis sorti pour la même raison. Suivez-moi donc », dit le Prophète qui se rendit ensuite chez un homme de Ansar. Mais celui-ci était absent. Quand sa femme vit le Prophète, elle lui dit : Vous êtes le bienvenu ».

  • Où est un Tel ? lui demanda le Prophète.

  • Il est allé nous chercher de l’eau douce » répondit la femme.

A ce moment, l’Ansarin rentrait. Quand il vit le Prophète et ses deux compagnons, il dit : « Louanges à Dieu. Nul n’a aujourd’hui des hôtes plus nobles que les miens ». Puis il sortit vite, ramena des grappes de dattes fraîches et sèches et dit : « Mangez-en ». Puis il prit un couteau… le Prophète lui dit alors : « Evitez de tuer une brebis laitière ». Ensuite, l’homme égorgea un mouton. De celui-ci et des grappes ils mangèrent, puis ils burent. Quand ils furent rassasiés, le prophète dit à Abû Bakr et à Omar : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, vous serez interrogés à propos de ce bienfait au jour de la Résurrection ; la faim vous a fait sortir de vos maisons, et maintenant vous y rentrez qu’après avoir joui de ce bienfait ».

Ces hadiths cités dans les Deux Recueils de traditions authentiques et dans d’autres recueils de traditions révèle que la sobriété constitue la pratique distinctive des Prophètes et des Saints. Il convient cependant de souligner que la faim préconisée est celle pratiquée pour complaire à Dieu et que la faim la plus haute est celle observée en dépit de la richesse du sujet, comme la faim endurée par le Prophète (P.P.S.S.L), par sa famille et ses compagnons alors que les bienfaits affluaient vers les maisons de ses compagnons et que les conquêtes se poursuivaient et que les trésors de Chosroes, de César, des rois de Kinda et des souverains de hadramût étaient amenés à Médine et distribués aux pauvres, nécessiteux et besogneux. Il y a là une excellente faim et une belle pauvreté, une pauvreté dans la puissance et une faiblesse dans la force et une pauvreté dans la richesse dont un bel exemple a été donné par Cheikh Ahmadou Bamba qui s’infligeaient la faim durant des jours et des nuits et ne mangeaient ni ne buvait que le strict nécessaire parce que rassasié des choses convoitées de l’amour (de Dieu) et abreuvaient des coupes biens remplies de la connaissance savoureuse.

Pendant ces jours d’exercice ascétique, il refusait de prendre au cours d’un seul repas deux aliments comme du lait sucré ou du riz avec des légumes ou du couscous avec du lait.

Le très savant frère Aboul Kâdir al-kumlayli m’a raconté une de ses conversations au sujet de Cheikh Ahmadou Bamba avec Cheikh Baba ben Hamdi qui lui a dit qu’une fois, pendant que Cheikh Ahmadou Bamba était dans son hospitalité, il lui avait offert du lait sucré et il avait refusé de boire à cause de sa douceur. « et je n’ai cessé d’insister jusqu’à ce qu’il l’ait bu ». dit-il.

  • Pourquoi refusait-il de boire du lait sucré ? lui-ai-je demandé.

  • Pour mortifier son corps et maîtriser ses passions, répondit-il.

  • Pourquoi as-tu insisté alors en dépit du fait que son refus était fondé sur une juste raison ? lui dis-je.

  • C’est parce que rompre son habitude une seul fois n’aurait rien gâté »…

Observons qu’il est recommandé de bien manger des nourritures offertes par des hommes illustres, et ce en tout temps mais surtout au cours d’une hospitalité comme ce fut le cas de Shâfi’i et son hôte ( ?). C’est désirable puisqu’il réconforte et contente ces pieuses gens…

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Le Cheikh se trouvait une fois dans une localité appelée Saoutelma située en territoire Mauritanien, où il fut atteint d’une maladie qui dura environ un mois, mais qui ne l’empêchait pas de diriger la prière à la Mosquée. Comme la maladie ne cessait de s’aggraver, Mukhtar Penda Dieng (Que Dieu ait une grande pitié de lui), son vertueux disciple qui aimait les hommes de Dieu et qui donnait toujours des conseils au Cheikh et à ses adeptes, réunit les hommes à l’extérieur de la tente du Cheikh et leur dit : « Le Cheikh est gravement malade, et je crains le pire. En dépit de la gravité de sa maladie, il ne peut s’empêcher, quand il entend l’appel à la prière, d’assister à celle-ci. Or vous voyez qu’il a presque perdu sa lucidité. Je veux donc que désormais le muezzin baisse sa voix et que Sidi Abdallah dirige la prière. Ainsi, la prière accomplie, on avertit le Cheikh de l’arrivée de l’heure de la prière et on l’informe en même temps que la foule a déjà prié afin de lui éviter le déplacement pour assister à la prière publique. » Les disciples furent tous de son avis….

Par ailleurs, j’entendis le Cheikh dire : « Un de mes plus grands prodiges est une force qui me rend capable de célébrer la prière aussi bien dans l’état de santé que dans la maladie. Parfois il m’arrive à cause d’une maladie de ne pouvoir bouger ou me mettre debout. Pourtant quand j’attends l’appel à la prière, Dieu atténue mes souffrances jusqu’à ce que je célèbre la prière en public. Quand je la termine, mes souffrances recommencent et ce jusqu’à la guérison.

La perfection de sa patience s’atteste dans son abandon et sa remise des affaires à Dieu, qui faisaient qu’il ne soignait et n’utilisait un remède que dans le souci de se conformer à la Sunna, et ne permettait à personne de prier Dieu d’atténuer sa souffrance ou son épreuve, ce qui vous montre clairement son invocation de Dieu, sa soumission à Lui et son humilité constituaient son dévouement qui fait que le serviteur ne craint que Lui et n’aspire qu’à Lui et demeure satisfait de Ses décrets et sentences.

A la l’occasion de la maladie du Cheikh évoquée plus haut, ses disciples se réunirent autour d’un homme pieux d’entre eux et lui demandèrent de composer un poème dans lequel il prie Dieu de guérir le Cheikh (ils se réunissaient souvent dans un endroit afin de prier pour lui et demander à Dieu Très-Haut, à l’aide de la prière pour le Prophète et d’autres œuvres surérogatoires, de guérir le Cheikh) quand l’homme composa le poème, ils s’en félicitèrent, se le transmirent et donnèrent une copie au Cheikh. Je fus alors un enfant et le Cheikh ne refusait presque à aucun moment du jour ou de la nuit de me recevoir. Quand je lui remis le poème, il me dit : « Qui en est l’auteur ? »-« Un Tel, répondis-je. » Il me le rendit alors et me dit : « Dis lui de se repentir à Dieu. Mon sort est dans la main de Dieu Très-Haut. » Par Dieu, Il a dit vrai ! Son abandon à Dieu et sa remise de ses affaires à Lui constituent aussi bien aux yeux des amis qu’aux yeux des ennemis des choses extrêmement étonnantes. Son remède c’était le Coran et le service rendu par lui au Messager de Dieu (P.P.S.S.L).

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