الأربعاء 27 المحرّم 1439 Wednesday 18 October 2017

Netali Borom Ndame

Netali Borom Ndame (73)

LES BIENFAITS DE L’ETERNEL

OU LA BIOGRAPHIE

DE CHEIKH AHMADOU BAMBA

LA PATIENCE DU CHEIKH

C’était la patience d’un homme pour qui tout autre que Dieu était méprisable par rapport a lui ;la patience d’un homme que le plaisir procuré par les actes dévotionnels faisait oublier tous les préjudices que ses ennemis lui infligeaient , la patience d’un homme qui ne ménageait personne quand la religion était en cause et qui était trop fier pour solliciter assistance auprès d’u autre que Dieu et Ses hommes.

Une fois le mois de Ramadan arriva alors que le Cheikh, confié par les autorités coloniales à l’homme sauvage, méchant et diabolique qui fut alors le gouverneur du Gabon était installé à Mayombé, île obscure située dans une région reculée du globe terrestre sur la coté de l’océan Atlantique, ou, dépourvu de tout sauf de ses livres, il souffrait à cause de son éloignement de son pays et sa pauvreté avilissante. Comme l’Islam était dans ce pays aussi étranger que le Cheikh, et qu’il n’y avait par conséquent personne qui fut religieusement compétent pou attester l’apparition de la lune, il ne pouvait connaitre le début des mois lunaires que grâce à un calendrier établi par lui-même. Le ramadan arriva alors qu’il ne disposait que des allocations que les autorités coloniales lui payaient. Mais, comme il avait depuis son enfance l’habitude de s’abstenir d’utiliser l’argent des détenteurs du pouvoir temporel et que, par abstinence, il a maintenu cette attitude avant et pendant sa détention par les français, il a jeuné le mois de Ramadan sans utiliser pour rompre son jeune autre chose que l’eau pure. Par souci d’observer la Sunna, il cueillait parfois des feuilles [fraiches] et les suçait, et ce jusqu’à ce qu’il termine le mois.

A ce propos, il dit : « Quand le mois est arrivé, je l’ai accueilli avec ce poème »

1 «  O meilleur hôte qui apporte bonnes nouvelles et secours !

Tu es la bienvenue : installe-toi à ton aise !

2 « Puisse-tu demeurer à jamais un généreux visiteur digne d’une hospitalité consistant en des actes de dévotion et une conduite droite,

3 «  un visiteur rendu vénérable par le Seigneur Qui n’a point d’associé et honoré par les gens de piété, de science et de droiture, etc. »

A sa fin, il lui fit ses adieux dans ce poème :

1 «  O apporteur de bonnes nouvelles véhiculées par des versets et des sourates, atteste que je suis l’esclave de Celui qui créa belle la forme [humaine].

2 «  Atteste que, pendant ton déroulement, j’ai adoré Dieu fidèlement et que je suis repenti de tout acte relevant de la faiblesse.

3 «  Retourne au Seigneur Qui n’a d’associé ni dans sa propriété ni dans les louanges qui lui sont dues.

Car il est le seigneur des djinns et de l’homme

4 «  Puisses-tu demeurer un généreux hôte qui m’apporte Secrètement et ouvertement une bonne nouvelles annonçant la bienfaisance qui m’est réservé, etc.

Ces deux poèmes vous révèlent son état d’âme dans les épreuves successives ; ils vous montrent également sa fierté, son mépris des terreurs, son dédain de leurs auteurs, la sincérité de son dévouement à Dieu, son amour de Dieu, son désir ardent de Lui, sa dépendance du Messager de Dieu (PPSL) et sa fidélité à son engagement envers son Seigneur.

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LES BIENFAITS DE L’ETERNEL

OU LA BIOGRAPHIE

DE CHEIKH AHMADOU BAMBA

- L’aspect scrupuleux de la personnalité du cheikh.

Par scrupule wara’, par générosité d’âme et par confiance en Dieu, il concéda à ses partenaires la part qui lui revenait de la propriété commune. C’est pourquoi il laissa à son frère ainé et à son oncle maternel tous ces esclaves, hommes et femmes, qui leur furent communs. C’est également dans le même souci qu’il s’abstint d’habiter ou de cultiver la concession commune héritée de l’ancêtre Muhammad le grand2, et qu’il construisit ses maisons bénies et destinées à la dévotion, sur un terrain qui, à ma connaissance, n’avait pas de propriétaire.

A ce propos, makhari Dia, un des grands disciples du Cheikh, m’a raconté qu’au temps où il dirigeait les travaux des disciples, le Cheikh leur disait souvent : << ne vous approchez pas de la propriété d’autrui>>.

Par ailleurs un esclave appartenant à plusieurs hommes dont un disciple du Cheikh était venu rejoindre ce dernier sans l’autorisation de ses maîtres. Quand le Cheikh apprit la présence de cet esclave, il dit aux mourides : << dites-lui de retourner à ses maîtres, et n’acceptez plus dans vos rangs un homme dans de telles conditions. Evaluez le prix de son travail pendant son séjour ici, et rendez-le à ses maîtres !>>.

En effet, chaque fois que pareil événement se produisait, il réagissait de la même manière et se montrait sévère à l’égard des personnes chargées de l’accueil et de la direction des disciples.

Cette attitude me rappelle sa stricte auto-observation et sa crainte de Dieu dont je vais vous donner un exemple qui vous permettra d’avoir une idée des autres aspects de la conduite du Cheikh : aux heures de la prière le Cheikh n’acceptait pas qu’un seul travail fût accompli avant la célébration de la prière. C’est pourquoi les disciples interrompaient leurs activités dés qu’on se préparait pour la prière. Quand par hasard un étranger, ignorant la discipline en vigueur dans la maison du Cheikh, avait accompli un travail au moment où l’on célébrait la prière, le Cheikh donnait à l’auteur du travail l’ordre d’arrêter et de le reprendre après la prière. De même il refusait pendant les jours du ramadan les services de ceux qui ne jeûnaient pas.

D’autre part, vous saisirait, lorsque nous parlerons des <<étapes>>, la signification de cette conduite, s’il plait à dieu qui couronne les efforts de succès et guide par sa grâce celui qu’il veut vers le droit chemin.

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 Serigne Touba avait atteint un niveau très élevé reconnu par tous ses pairs. Il dit :
 « Il est évident à tous les saints que je suis une des merveilles, signes de Dieu. » « Par un raccourcissement de la route, j’ai dépassé d’éminents soufis qui ont, tout le temps, été honorés de l’agrément de Dieu. »
 « Dieu s’est montré fier de moi devant les illustres saints et a satisfait le Prophète par ma vie (active). »
 « Dieu a joint ma vie à celle de Dieu, je vis dans le paradis de Dieu. »
« Dieu m’a indiqué Dieu sans illusion, sans risque d’égarement. »
 « Je ne doute guère de ma qualité de voisin de Dieu. Quel magnifique état ! »
 « J’ai reçu un savoir que l’on ne voit point dans les livres, mais au contraire un savoir qui m’a été inspiré par l’Etre qui a fait de ma plume un rempart protecteur. »
« Dieu et son Prophète préfèrent mes écrits à ceux de tous les autres. »
 « Quand j’écris, le trône de Dieu exulte et les anges, émus, se mettent à proclamer la sainteté de Dieu. »
« Le révélateur m’a entretenu des secrets du Coran jusqu’au point où je deviens l’abreuvoir des assoiffés. »

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Cheikh Ahmadou Bamba avait revivifié toutes les sciences en général et la mystique en particulier et qu’il était très intéressé par les livres authentiques et par la rencontre des maîtres avant l’instruction directe auprès du Messager de Dieu (P.P.S.S.L). Pendant ce temps (où il se préoccupait de sa formation auprès des maîtres), il composa un grand nombre d’ouvrages sur la mystique et sur les règles élémentaires de la théologie et du droit musulmans.

Du vivant de son père les hommes, commencèrent à le fréquenter massivement. Depuis lors sa renommée ne cessa de s’accroître en dépit de sa fuite devant les hommes et ses retraites dans des déserts dépourvus d’eau, pour s’éloigner d’eux. Cela se produisît avant même qu’il atteignit la quarantaine.

C’est à cette époque qu’il construisît une maison à Mbacké-Baol où il s’installa après avoir quitté Mbacké-Cayor qui fut le dernier lieu habité par son père et où il mourut. Peu de temps après, les hommes découvrirent sa maison retirée à Darou-Salam prés du village précité (Mbacké-Baol). Cette maison fut à son tour envahie par les foules. Ainsi fut-il amené à fonder en 1305 [1887] trois ans après la construction de la maison de Mbacké et de Darou Salam, le village de Touba situé dans un désert sans eau, donc sans culture, qui ne pouvaient être atteint qu’à grand-peine et qu’on habitait qu’avec la volonté de se détacher des hommes. Touba et Darou Salam lui étaient chers. Il disait à leurs propos : « la raison pour laquelle je les aime plus que les autres villages, réside dans la sincérité de l’intention qui m’a inspiré l’idée de les construire. [En effet,] je n’y suis pas venu pour suivre les traces d’un ancêtre, ni pour chercher un site propice à la culture ni pour découvrir un pâturage. Mais uniquement pour adorer Dieu l’Unique, avec Son autorisation et Son agrément. –qu’il soit exalté ! S’en remettre ainsi à Dieu du choix et de la direction des affaires caractérisait d’ailleurs sa conduite à toutes choses. Mais quand Dieu aime son serviteur, inscrit cet amour et le rend agréable sur terre, il est inévitable que les hommes accourent vers lui, quand bien même il creuserait un trou dans la terre ou construirait une échelle [pour se cacher] dans le ciel.

Quand il se rendit compte que cet empressement des hommes auprès de lui avait été décrété par Dieu, donc inévitable, il patienta et entreprit de les diriger vers la perfection, jusqu’à ce qu’il luit parvînt le sublime ordre de les éduquer. Il prit alors la lourde charge de l’éducation spirituelle à côté des autres nombreuses activités.

Il les engagea dans la voie de l’éducation et de la bonne conduite conformément aux règles de la science authentique et de la religion droite et selon le présage tiré du bon augure au sujet duquel le prophète (P.P.S.S.L) disait : «  Craignez l’art de lire dans la physionomie d’un bon croyant, car il regarde sous la lumière de Dieu ».

Ceux qui venaient le rejoindre constituaient des groupes : ceux qui venaient lui rendre visite afin d’obtenir sa bénédiction, ses conseils, ses recommandations et son intuition [à la voie mystique] et afin de prendre sur eux l’engagement de le suivre. Ceux-là, il les dirigeait vers la réalisation de leur bonheur dans la vie terrestre, et dans la Vie dernière. Il minimisait à leurs yeux la vie d’ici-bas et arrangeait pour leur usage des wird extraits du Coran et de la Sunna ou de leurs dérivés composé par lui-même ou par un des chefs supérieurs qui l’avaient précédé. Parfois, il leurs apprenait un des wird des fondateurs des voies (mystiques) dont il avait obtenu auprès de leurs cheikhs et éducateurs la licence de les communiquer aux autres. Il les dirigeait, les éveillait et les renvoyait jusqu’à ce qu’ils puissent revenir lui rendre visite et accroître leur audience. C’est ainsi qu’il se conduisait avec ce groupe dont l’éducation, pour la plupart, consistait dans l’instruction.

Les mystiques disent qu’il y deux sortes d’éducation, à savoir l’éducation par le verbe (éducation livresque) et l’éducation par le hâl (éducation spirituelle) ; la première consiste à discipliner et à diriger les postulants et la seconde à les secourir et à les rapprocher de [Dieu], comme l’a affirmé l’auteur des Tarâ’if (connaissances rares) (D.S.S.L).

A suivre

L’histoire que je vais vous raconter m’a été relatée telle quelle, il y a plus d’une trentaine d’années, par un septuagénaire que j’ai rencontré à l’occasion d’une une cérémonie de funérailles à Kébémer.

« Mor Tolla WADE, le père de Abdoulaye fut un grand tailleur. Il s’était installé à l’entrée principale d’une grande boutique de commerce de la ville de Kébemer. A cette époque-là, dans toutes les grandes villes comme Saint-Louis, Kébemer, Louga, Thiès, Rufisque et Dakar, il y avait de grandes maisons de commerce tenues par des français venus notamment de Bordeaux. Parmi ces établissements commerciaux, on peut citer Maurel et Prom, Buhan Teissère, Lacombe et Peyrissac. Le grand et le petit commerce ainsi que les chemins de fer alimentaient l’économie de toutes ces villes que traversaient les voies ferrées.

Même s’il n’était pas très riche, feu Mor Tolla WADE menait des activités professionnelles assez florissantes. Il pouvait ainsi subvenir largement à ses besoins, à ceux de sa famille et de ses proches. Originaire de la ville de Saint-Louis, ce grand notable, était connu pour son appartenance à la Tarikha Khadriya. En effet, il recevait dans son domicile, pendant des jours, des descendants du Prophète (Chérifs) venus de la Mauritanie. Il était aussi connu pour les gestes discrets de bienfaisance envers les plus démunis, auprès de ses frères musulmans et en direction des hommes de DIEU. C’est ainsi que des rumeurs faisaient beaucoup état de boubous qu’il aurait cousus pour Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du « mouridisme ».

D’ailleurs feu Moustapha WADE, frère ainé de Me WADE dit détenir de Serigne Abdou Lahat MBACHE, alors Khalife Général des Mourides, que le boubou que porte Cheikh Ahmadou Bamba dans l’unique photo léguée à la postérité est cousue par leur père.

Aussi, se racontait-il, de bouche à oreille, qu’un jour il s’était rendu en visite à Touba, où le Cheikh lui aurait dit ceci : votre épouse mettra au monde un garçon très brillant dont la renommée traversera les frontières de ce pays. Il sera un Grand Homme (kilifa).

Quelques mois après cette prophétie, le bébé de sexe masculin naquit à Kébemer. Son père décida de lui donner le nom de Cheikh Ahmadou Bamba. Mais contre toute attente, le jour du baptême, Serigne Ablaye FALL, un grand dignitaire Baye FALL arriva à Kébemer par le train venu de Saint-Louis. Il se rendit immédiatement chez Mor Tolla WADE, un lieu connu à cette époque pour recevoir de grands Marabouts et Hauts Dignitaires de passage dans cette localité devenue la capitale du Cayor. Il arriva juste au moment où l’assistance s’apprêtait à baptiser le nouveau né. Il fut alors installé à la première place, eu égard à son rang de digne représentant de Mame Boroom Touba.

L’honneur lui revenait ainsi de diriger la séance. Sans attendre, comme à l’accoutumé, qu’on lui souffle discrètement le nom que le père avait choisi pour son fils, le guide religieux, assez autoritaire, s’arrogea pleinement la prérogative de diriger les opérations et déclara publiquement qu’il a donné son propre nom au nouveau né. « Fekke ma si boole », disait-il, avant d’ajouter : l’enfant porte le nom d’Abdoulaye WADE. Mor Tolla était surpris par la tournure des événements. Néanmoins, il prit en compte le respect que toute l’assistance voue à son hôte de marque et garda son secret jusqu’au départ de celui-ci.

Il magnifia devant l’assistance le geste combien important et significatif ainsi que l’honneur que ce grand marabout lui fit en acceptant de présider la cérémonie de baptême de ce garçon. Puis, poursuivant sa route, Serigne Ablaye FALL se rendit à Touba. Dès son arrivée au Lieu Saint, le Cheikh lui dit : Ablaye, toi et moi, nous sommes pareils. Nous ne faisons qu’un seul ».

Khadimrassoul.net                                                                                                                               (contribution) Par Mamadou Fall

D’autre part, inquiétés par la nouvelle force que représentaient la France, Lat-Dior et Samba Laobé, les derniers maîtres du Cayor avant l’occupation française, ne se préoccupaient plus de lui.

Après la rupture de son alliance avec les français, Lat-Dior, accompagné de ses partisans, de ses esclaves et des membres de sa famille, s’était rendu au Saloum une deuxième fois. Ils y demeurèrent quelque temps. Mais de tous les habitants de ce contrée, Sa’îd BA, fils de son Cheikh et son imâm, Maba, fut le seul qui s’entendit avec eux. Certains natifs du Saloum et des partisans de son père Maba, originaire des provinces conquises par ce dernier, lui avait prêté serment de fidélité. Mais d’autres s’étaient écartés de lui. Parmi ceux-ci figurait Barane CISSE, disciple de son père, qui fut un de ceux qui connaissaient le mieux la province. Ce Barane CISSE, de surcroît avait amené la plupart des habitants du Saloum à abandonner Sa’îd. Les groupes d’émigrés dont Dieu seul savait le nombre, restèrent cependant fidèle à Sa’îd.

Quant à Lat-Dior et sa suite, qui ne s’entendaient qu’avec Barane, ils furent troublés dans cette terre hostile où ils menaient une vie misérable qui contrastait avec l’aisance à laquelle ils avaient été accoutumés. L’insécurité dans laquelle se trouvait le nombre considérable des partisans de Lat-Dior le mettait dans l’obligation de se réconcilier avec les habitants du Saloum ou de s’en aller. Les dissensions ne tardèrent pas à éclater entre les soldats qui lui réclamèrent le retour au Cayor pour faire la guerre ou la paix avec la France. Il s’y refusa pour une raison ou une autre.

Ainsi les soldats se révoltèrent-ils contre le Damel avec la complicité de Samba Laobé, neveu de Lat-Dior. Ensuite, ils rentrèrent au Cayor, et firent la paix avec la France qui, par la suite investit Samba Laobé du gouvernement de la province.

Son oncle resta au Saloum jusqu’à cette contrée ne lui convînt plus. Il retourna alors au Cayor. Mais la France refusa qu’il entrât dans la province. Aussi errait-il sans but précis en cherchant les moyens de reconquérir son trône. Tantôt il se rendit au Jolof, tantôt il s’installa dans une localité retirée située entre le Jolof et le Cayor. Il retrouva sa lucidité après avoir vécu de terribles soucis et avoir été abandonné par son entourage et ses esclaves qui avaient rejoins son neveu Samba Laobé et étaient devenus les alliés de la France.

Lat-Dior était le seul qui disputait le pays. Mais ses ailes étaient brisées. Ainsi errait-il en compagnie avec certains des nobles membres de sa famille et d’un petit nombre de ceux que la noblesse et le souvenir du passé avaient asservis.

Il songea aux personnalités musulmanes et aux chefs traditionnels. Mais il ne trouva parmi eux personne qui fût dépourvu de défauts, exempt de sentiments partisans, de flatterie et du désir du pouvoir temporel, hormis Cheikh Ahmadou Bamba. C’est pourquoi il se rendit auprès de lui pour le consulter et se plaindre de l’attitude à son égard des membres de sa famille en particulier et de celle de ses sujets en général.

Lat-Dior voulait savoir si Cheikh Ahmadou Bamba estimait qu’il convenait d’émigrer dans des pays lointains afin d’y chercher des forces lui permettant de reconquérir son trône, ou s’il était préférable d’inciter les Cayoriens de l’aider par tous les moyens disponibles à combattre ses nombreux adversaires. Cheikh Ahmadou Bamba qui jouissait de la confiance de tous, les amis comme les ennemis, lui dit : « Pour mieux dominer ce monde et ses hommes, je ne trouve pas de meilleurs solutions que de lui tourner le dos. Tu laisseras ainsi aux nouveaux maîtres du pays (les français) le soin de le gouverner, car ils semblent si forts que rien ne peu les résister, à moins que Dieu ne le veuille. Je suis sûr que si tu parvenais à te libérer de tes soldats, à t’éloigner de tes armes et de tes chevaux, tu retrouverais en compensation quelque chose de meilleur et tu connaîtrais la tranquillité comme ton frère Mukhtar DIOP.

Ce Mukhtar DIOP fut parmi les premiers à se convertir à l’Islam entre les mains de Cheikh Ahmadou Bamba qu’il avait vu chez Lat-Dior où il avait été envoyé par Mame Mor Anta Saly, car il n’allait jamais les voir pour ses affaires personnelles. A propos de cette rencontre, Mukhtar DIOP dit : « Quand j’ai vu Cheikh Ahmadou Bamba et que je me suis rendu compte qu’il était tout concentré dans la récitation et l’observance du culte sans lever le regard, j’ai été pénétré par un inexprimable sentiment d’amour et de vénération à son égard. Du moment que je l’ai regardé, l’Islam est revenu dans mon cœur et j’ai été distrait de tout ce qui me préoccupait. Intelligent comme il était mon frère Lat-Dior s’en est aperçu et s’est mis à m’observer discrètement durant le temps que Cheikh Ahmadou Bamba jouissait de notre hospitalité.mon état spirituel s’est renforcé et mon cœur a été rempli de son affection. Je me rapprochais de lui et préférais sa compagnie. Mon frère Lat-Dior finit par me comprendre. M’ayant trouvait attristé et soucieux après le retour de Cheikh Ahmadou Bamba à son village, Lat-Dior, souriant, me dit : « Ô Mukhtar DIOP ! Je crains que Cheikh Ahmadou Bamba ne t’ait ravi ! Par Dieu, oui ! Lui répondis-je. Si tu veux, reprit-il, tu peux le rejoindre. » Comme débarrassé d’une entrave, je me suis rendu immédiatement auprès de lui, pour me convertir à l’Islam entre ses mains. Depuis, je me suis affilié à son ordre. »

Revenons à la conversation de Lat-Dior avec Cheikh Ahmadou Bamba. Lorsqu’il lui dit : « ….si tu parvenais à te libérer de tes soldats, à t’éloigner de tes armes et de tes chevaux, tu serais débarrassé des soucis du monde et des hommes… » Lat-Dior lui répondit : « Ce que vous avez dit est vrai, et je suis convaincu que c’est le meilleur. Mais il est difficile à un homme come moi de renoncer totalement aux choses de ce monde. Cependant mon cœur s’est détourné de tout ce à quoi je songeais et mon esprit de trouver ce que je cherchais s’est évanoui devant vos conseils. Maintenant je ne vous demanderai qu’une chose qui me serait utile auprès de mon Seigneur au jour du Jugement dernier et intercéderait en ma faveur auprès de Lui : apprenez-moi une invocation ou prière qui me soit utile dans ma tombe et donnez-moi un de vos propres vêtements afin que j’en sois enveloppé après ma mort et ne m’oubliez pas dans vos meilleures prières. »

Cheikh Ahmadou Bamba lui ordonna d’apprendre par cœur une prière consistant en une demande de pardon qu’il avait arrangée et lui donna un de ses vêtements et lui fit ses adieux. A peine deux semaines se furent écoulées, qu’il fut attaqué par un contingent de l’armée coloniale dépêché à sa recherche, qui comprenait un bon nombre d’indigènes parmi lesquels figuraient des membres des familles royales à côté des propres esclaves de Lat-Dior. Il leur opposa une noble résistance qui ne dura cependant que peu de temps. Car il succomba à ses blessures et tomba de son cheval raide mort. Sans jamais reculer de sa position, il avançait avec l’intention de subir le martyr comme il l’avait dit quand il attaquait ses ennemis près du puits de Dekkëlë un mercredi de l’an 1300 H. Il fut enterré dans le cimetière de Dekkëlë. Observons qu’il lui aurait été facile de leur échapper. Mais sa foi dans le destin et son honneur s’y refusaient. Que Dieu ait pitié de Lui !

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Le Cheikh et ses disciples furent sujet de crainte pour les autorités d’où l’objet de leur poursuite, de leur surveillance, de leur sévérité et des calomnies.

La nouvelle de cet incident se répandit après qu’il eût été réputé pour sa science et pour sa dévotion et que de nombreuses et pieuses gens, l’ayant rencontré, eussent deviné sa sainteté.

Mais certains des jeunes ulémas, enclins aux choses de la vie d’ici-bas commencèrent à se détourner de lui, car sa conduite envers les tenants de la vie d’ici-bas mettait à nu leurs défauts notamment la superficialité de leur foi.

D’ailleurs, ceux qui ne s’intéressaient qu’à la vie d’ici-bas le détestaient à cause de son intransigeance et répugnance qui caractérisaient également l’attitude de ses disciples à leur égard.

Cependant, ceux qui donnaient la priorité à leur vie future, notamment les ulémas les plus doctes, l’aimaient et le considéraient comme allié, comme vous l’avez déjà vu.

Ainsi les groupes adoptèrent-ils des attitudes différentes vis-à-vis de lui ; ce qui accrut sa réputation et favorisa l’empressement des hommes auprès de lui. Dieu décréta que, de toute tribu, lui vinssent ses hommes les plus chers : ses dignitaires et leurs fils. Ce fut là une des faveurs que Dieu lui avait exclusivement accordées. En effet, parmi les habitants de chaque province, les membres de chaque groupe et les pratiquants de chaque métier, ses disciples furent les chefs les plus considérés et suivis par les autres. Un vilain ne l’avait jamais suivi sans que son rang ne fût élevé aux yeux de son peuple. Dieu voulut, semble-t-il, fonder sa Voie grâce à l’aide des nobles.

Ses talibés ont été et demeureront toujours les plus nobles des hommes. Louanges à Lui dans les cieux et sur la terre ! Notre Seigneur crée et choisit ce qu’il veut.

Par ailleurs, depuis ce temps qui marqua la fin des jours de Lat-Dior et de Samba Laobé, il se distingua des cheikhs du pays du fait que ses disciples s’étaient engagés avec lui dans le chemin de l’irâda dont les règles leurs furent transmis par lui. D’où le nom « Mouride »qui leur furent donné et qui exclut les autres disciples des cheikhs tijanites, khadirites ou autres. Ils furent, en effet, le premier groupe réuni autour d’un seul Cheikh leur conférant l’éducation spirituelle des initiés en mystique et qui, pour mieux se vouer à Dieu, se débarrassa de tout souci ou de toute préoccupation mondaine, hormis le nécessaire.

Ils comprirent la signification de l’irâda, empruntèrent son chemin et marchèrent vers Dieu avec une parfaite conformité à la Sunna dans la pratique culturelle, dans l’état spirituelle et dans la morale.

Cependant, je n’ai pas dit que l’irâda ne s’appliquait dans le pays qu’à eux. Mais son adoption unanime et sa pratique accompagnée de détachement des choses mondaines et de l’attachement exclusif à Dieu qui, grâce à une force et une lumière divine, attirent les aspirants lointains, de même que les proches, ne s’étaient pas produits dans ces contrées avant Cheikh Ahmadou Bamba.car s’il en était autrement, la tradition ne leur aurait pas réservé l’appellation de «mourides ». Ce mot dérive d’ailleurs d’irâda (volonté).  Il s’applique à toute personne qui acquiert une des qualités qu’il implique. La tradition des anciens l’avait réservé à ceux qui se détachent des choses mondaines pour se consacrer à Dieu. Au Sénégal, parmi les gens du « détachement », qui se consacrent à Dieu et à son Prophète, la tradition n’a accordé l’appellation de « mourides » qu’aux disciples de Cheikh Ahmadou Bamba à cause de la primauté et de la supériorité de leur irâda.

Ainsi, au fur et à mesure que la chaîne des événements s’étalait, les grâces et l’assistance divines accordées à Cheikh Ahmadou Bamba et l’empressement des hommes auprès de lui devenaient plus importantes. Rien ne les détournait plus de lui.

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Cette situation persista jusqu’à ce que Dieu décrétât que, Ibrahima Macoudou DIOP, cousin de Lat-Dior, roi du Cayor, qui était très estimé par le souverain se soumit à lui. Le premier ordre que Cheikh Ahmadou Bamba donna à l’esclave de Madiakhaté Kala fut de restituer tous les biens pris à Ahmadou Cheikhou, un homme venu du Fouta, qui prétendait mener une guerre sainte contre le souverain du Cayor afin de les convertir à l’Islam en dépit du fait qu’ils eussent prié, jeûné et prononcé la profession de foi musulmane. Dieu sait le mieux ce qu’il en était.

A plusieurs reprises, il avait mis en déroute les gens du Cayor qui, assistés par la France, l’avait tué, avaient pillés ses biens et captivaient ses compagnons. Comme ces derniers étaient des musulmans, Mame Mor Anta Saly avait interdit qu’on s’emparât de leurs biens parce que la guerre contre eux était un conflit inter-musulman. Or, dans un conflit, le sang est nul, mais les biens doivent être restitués à leurs propriétaires.

D’après ce qui est parvenu à ma connaissance, certains cadis avaient émis un avis juridique selon laquelle prendre ces biens était licite. Cet avis était appliqué jusqu’à ce que cet Ibrahima se convertît à l’Islam. Cheikh Ahmadou Bamba lui ordonna alors de restituer le butin à ses propriétaires. C’est alors que se multiplièrent les propos tenus sur le compte de Cheikh Ahmadou Bamba auprès de Lat-Dior à qui l’on dit : « Cheikh Ahmadou Bamba a récusé l’avis juridique de Khaly Madiakhaté Kala, s’est opposé aux ulémas sur cette question et n’a pas tenu compte du respect à votre rang ; si vous ne le réprimez pas tout de suite, vous verrez ce que vous détester , car ses fidèles sont des mourides qui se distinguent des autres par leur ferveur dans le culte. Il lui obéissent mieux que tout autre groupe de fidèles obéit à son maître ».

Le souverain finit par envoyer un messager auprès de Cheikh Ahmadou Bamba pour le faire venir afin de tenir un conseil le réunissant avec les ulémas dans le but de débattre de la question controversée. Mais Cheikh Ahmadou Bamba lui a répondit que cela lui était impossible. Quand le souverain lui répéta à plusieurs reprises son invitation et le menaça au cas où il ne se serait pas rendu auprès de lui, Cheikh Ahmadou Bamba lui écrivit : «  Ni l’orgueil, ni la vanité ne m’ont empêché de répondre à tes convocations. Je ne crains pas de vous rencontrer ; et, ne doutant point de la validité de mon argument, je ne me dérobe pas à un débat avec les ulémas. Mais la tradition, comme le disait un des ulémas à un souverain, veut qu’on se rende auprès du savant et qu’on ne le convoque pas. Comme du reste, l’imâm Mâlik Ibn Anas avait dit à Hârun ar-Rachid : « Si vous ne voulez pas vous instruire et ne désirez que des honneurs mondains, je ne peux pas traiter avec vous. Car j’ai honte que les anges me voient devant la porte du souverain pour une affaire purement séculière ».

Quand ces propos lui parvinrent de la part d’un homme, qui naguère avait était devant lui et devant Mame Mor Anta Saly un adolescent, il fut tout étonné. Comme ces propos impliquaient un manque de respect à son égard et à l’égard des ulémas, il consulta ces derniers. Certains de son entourage lui conseillèrent de le réprimer. La nouvelle de cet incident se répandit, car, comme vous le savez les cours des rois sont comme les marchés. Mais grâce à la protection divine, le souverain fut surpris par la rupture de son alliance avec la France à cause de circonstances qui l’imposèrent. L’inquiétude provoquée par cette rupture dominait toutes les autres préoccupations de roi.

Que Dieu est transcendant! L’histoire se répète. En effet, ce même incident et le mal éventuel de l’Emir de Dieu détourna de Cheikh Ahmadou Bamba fut arrivé, plus de mille ans avant lui, à Muhammad Ibn Isma’il de Bukhârâ (D.S.S.L). Lorsqu’il revint à s ville natale de Bukhârâ emportant son Djâmî authentique, on dressa en son honneur des tentes à une farsakh de la ville et tous les habitants sans exception participèrent à son accueil. Des pièces d’argent et d’or furent répandues sur lui. Il resta quelque temps auprès de ses compatriotes pour leur raconter des hadîths.

Ensuite, le gouverneur de la province, Khâlid Ibn Abdallaâh al-Dhunhalî le représentant du calife, envoya auprès de lui un messager afin qu’il lui apportât le corpus et l’enseignât au palais. Bukhari n’obtempéra point et dit à son envoyé : « Dis-lui que je ne méprise pas la science ; je ne l’emporte pas vers l porte des sultans. S’il en a besoin, qu’il se rende soi à mon lieu de prière, soi chez moi. En tant que Sultan, si ma position ne lui plait pas, il peut m’empêcher de tenir des séances d’enseignement. Une telle intervention constituerait pour moi une excuse devant Dieu, au jour de la Résurrection. En tout cas, je ne dissimule pas la science. »

Par la suite, ils s’éloignèrent l’un de l’autre et le gouverneur lui ayant ordonné de quitter la ville, il éclata en imprécations contre lui. A peine s’écoula un mois que le gouverneur fut limogé et promené sur un âne en signe d’humiliation. Il fut, au surplus, emprisonné jusqu’à sa mort. Pas un de ses collaborateurs n’échappa d’ailleurs à une dure épreuve.

Ce même sort fut subi par le Damel et un de ses collaborateurs qui manifestait de la haine et de l’intolérance à l’égard de Cheikh Ahmadou Bamba suscitait des animosités entre lui et le Damel ; il déclarait au public : «Regarder le milan qui cherche à ressembler à l’aigle qui plane ». il voulait parler du grand cadi et se moquait du jugement de Cheikh Ahmadou Bamba comme le faisaient d’autres parmi lesquels la sœur de Damel, la Linguère.

En ce qui concerne le ministre moqueur il vécut longtemps après son maître. Vêtu de vêtements râpés, le ministre frustré se tenait debout à côté d’un puits, histoire d’abreuver ses bœufs et ses vaches qui n’avaient d’ailleurs d’autres bergers que lui ou son fils, lorsque Cheikh Ahmadou Bamba, accompagné d’un impressionnant cortège de disciples qui récitaient des litanies jaculatoires, passa à côté de lui et qu’il reconnut Cheikh Ahmadou Bamba : il pria sa corde, courut à travers la foule et s’efforça d’avoir la chance de toucher la paume de Cheikh Ahmadou Bamba.

Quant à la princesse, la Linguère, elle mendiait devant les portes de Cheikh Ahmadou Bamba et même devant celle des mourides. Mais, grâce à l’aide d’un de ces derniers, elle finit par se convertir à l’Islam ainsi que les autres membres de sa famille déchus. Regarde comme il y a dans cette observation une série d’idées accessoires et utiles.

Dieu avait mis dans la nature innée de Cheikh Ahmadou Bamba l’affection pour les croyants et la pitié pour toutes les créatures ; il n’avait jamais jeté l’anathème sur une personne. Bien au contraire, il patientait, s’en remettait à Dieu, supportait les préjudices des ennemis et ne nourrissait à leur égard que sympathie, espérant qu’ils seraient bien guidés. Cette conduite ressemble à celle du Prophète (P.P.S.S.L) qui disait, alors que le sang coulait de sa blessure :

« Mon Seigneur, pardonne-leur, car il ne savent pas». Sans doute l’adepte fidèle suit strictement son maître.

A propos du pardon, le Coran dit d’ailleurs : « Repousse la mauvaise action grâce à ce qu’il y a de meilleur ; celui qu’une inimitié séparait de toi, deviendra alors pour toi un ami chaleureux » (41/34).

Ainsi ne reste-t-il de la famille de Lat-Dior et de celles des autres souverains du Cayor et du Baol une seule personne qui ne se convertît à l’Islam pour obéir à Dieu, le Seigneur des univers ; et ce, grâce à Cheikh Ahmadou Bamba que Dieu le récompense par le bien à Son nom, au nom de sa religion et de Son Prophète (P.P.S.S.L).

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